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Regards croisés, entre paresseux et amphibiens

18 Mar 2026 | Sensibilisation

Le lendemain de la sortie naturaliste, la classe de Troisième du collège Emile Zola de Rennes rencontre Victor, lors d’une visio qui a lieu le mercredi 18 mars.
Victor commence par expliquer qu’il se trouve aux Galápagos, où il mène un programme de recherche sur les iguanes marins. D’ici peu, il va reprendre la navigation, en direction de la Polynésie française. Son objectif est de documenter l’évolution de la biodiversité depuis l’époque de Charles Darwin, en travaillant avec des scientifiques locaux. Victor détaille son voyage, commencé il y a 4 ans et demi, et qui devrait prendre fin vers juin 2027.
Les élèves présentent ensuite leur sortie au centre écologique de Rennes. La classe a été accompagnée de Michel Riou, naturaliste depuis 1994, et qui fait partie d’Eau et Rivières de Bretagne.
L’objectif était de comprendre le milieu dans lequel vivent les amphibiens, leurs besoins et les risques liés à la modification de leur environnement. Les mares abritant les amphibiens s’assèchent naturellement l’été, ce qui empêche la présence de poisson et donc permet à différentes larves et espèces de s’y développer. Les salamandres, par exemple, deviennent terrestres à l’âge adulte, l’assèchement de la mare ne leur pose donc aucun problème.
Par contre, là où c’est problématique, c’est que la mare et la forêt environnante sont entourées par la ville, la rocade et une station d’épuration. Les élèves expliquent à Victor que cette configuration fragmente l’habitat des amphibiens, menaçant leur survie. En effet, les animaux quittent leur milieu de vie lors de la période de reproduction, et se retrouvent sur les routes. Des initiatives comme des tunnels pour permettre la traversée sécurisée des routes ont été évoquées comme solutions pratiques.
À partir de leurs observations et des interviews qu’ils ont enregistrés, les élèves vont réaliser des films à visée de sensibilisation.
À la suite de leur présentation, Victor partage son expérience au Brésil, mettant en lumière des problématiques similaires de fragmentation et d’impact humain sur la nature. En effet, alors qu’il était en train d’observer un paresseux dans son arbre, il a entendu au loin le bruit de machines, ce qui l’a conduit à faire décoller son drone pour capter des images. Les photos prises par le drone révèlent de grandes zones en cours de déforestation.
Victor décrit la technique de repérage des paresseux, insistant sur la lenteur et la fragilité de l’espèce. Il souligne le contraste entre la tranquillité des paresseux et l’activité humaine intense à proximité, avec des chantiers de construction.
La fragmentation de l’habitat par les routes, chemins de fer et oléoducs est un obstacle majeur à la survie des espèces, et illustrent la menace globale des infrastructures humaines sur la biodiversité.
Des panneaux de sensibilisation et des ponts spécialement conçus pour paresseux montrent des efforts d’adaptation humaine. Malgré tout, Victor insiste sur la nécessité de revégétaliser les espaces pour restaurer les habitats naturels ! Cette renaturation se fait en collaboration avec les peuples autochtones, qui pratiquent l’agroforesterie. Ces initiatives apportent des bénéfices à la fois écologiques et économiques pour les communautés locales.
Victor explique aussi que la population brésilienne est passée de 5 millions à 218 millions, multipliant les besoins en espace. En conséquence, la forêt tropicale atlantique a vu sa taille drastiquement réduite : il ne reste plus que 10% de sa surface initiale, morcelée en petits fragments ! Cette perte accélérée menace la survie de nombreuses espèces, notamment les paresseux. Et malheureusement, la vitesse de déforestation dépasse souvent les capacités de protection.
À la suite de ce constat, l’échange évolue vers la vie à bord et l’organisation du voyage en mer. Victor nous fait faire le tour du propriétaire, sous les yeux curieux des élèves. Le bateau est aménagé comme une petite maison, avec cuisine, cabines et salle de bain. Tous les rangements sont optimisés ! Les provisions, stockées jusque dans le canapé, incluent fruits, légumes, huile d’olive et eau pour plusieurs semaines. Une canne à pêche permet de compléter l’alimentation avec du poisson frais, essentiel pour la variété et la santé.
L’équipage de quatre personnes cuisine à tour de rôle, assurant repas équilibrés et convivialité.
Chaque membre assure une veille visuelle et prend des quarts pour gérer la navigation en haute mer. Des rôles spécifiques incluent filmer, plonger, gérer l’intendance ou collaborer avec des scientifiques invités. Victor souligne l’importance d’un bon esprit d’équipe, d’une communication fluide et de la coopération pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement du bateau, mais aussi traverser les épreuves ensemble.
Victor raconte alors un échouement sur un récif en Patagonie causé par des cartes marines imprécises. Il a dû utiliser une technique de mouillage avec une corde attachée à un rocher pour éviter que le bateau ne chavire, immobilisant le bateau et l’équipage le temps d’une marée complète.
Victor partage ses motivations profondes, son parcours et sa vision pour combiner passion, écologie et témoignage audiovisuel. Passionné par l’environnement, il a choisi de devenir réalisateur de documentaires pour sensibiliser le public.
Il a voulu réduire son empreinte carbone en limitant les vols au profit de la navigation à la voile, et c’est ainsi que s’est dessiné l’idée de reproduire le voyage de Charles Darwin.
Le fil rouge du voyage est donc la route de Charles Darwin, alliant histoire naturelle et exploration contemporaine, comparant 200 ans plus tard la biodiveristé terrestre et marine.
Avant de se lancer, Victor a suivi des cours de navigation pendant un an, obtenant permis côtier et hauturier, et a acheté le bateau depuis lequel il échange avec nous.
L’objectif de Victor est d’inspirer et d’éduquer via la beauté du monde naturel et des solutions possibles. Il salue d’ailleurs l’engagement des élèves et l’impact potentiel de leurs films pour sensibiliser, tout en insistant sur le fait que malgré la gravité des enjeux, il existe toujours des personnes qui agissent.
La protection de la nature profite aussi aux humains, créant un cercle vertueux.
Son expérience montre que chacun peut contribuer à un changement positif, localement comme globalement.