Replanter une forêt

Renaturation • brésil

Le contexte

Au sud de l’État de Bahia, la Mata Atlântica s’étendait autrefois sur plus de 1,3 million de kilomètres carrés. C’était l’un des écosystèmes les plus riches de la planète, peuplé de jaguars, de singes hurleurs, de colibris et de milliers d’espèces végétales endémiques. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une petite portion, morcelée par deux siècles d’exploitation agricole et forestière.
Cette disparition entraîne des conséquences visibles. Les sols s’érodent plus vite, les sources d’eau se tarissent, les animaux perdent leurs habitats et les communautés humaines voient leur environnement se fragiliser. Pour les peuples indigènes Pataxo, cette dégradation touche leur culture autant que leur territoire, car la forêt n’est pas seulement un lieu, c’est un mode de vie.
 

La solution

Replanter une forêt native, là où elle avait disparu, en s’appuyant sur les savoirs traditionnels et sur une science moderne à hauteur d’humain. Le Programme Arboretum produit chaque année des milliers de jeunes plants issus d’essences locales. Ces arbres sont choisis pour leur rôle précis dans la reconstruction d’un écosystème complet.

La méthode mêle deux dynamiques. Les arbres pionniers croissent rapidement, créent de l’ombre et attirent la vie. Ils préparent le terrain pour des espèces plus lentes et plus rares qui composeront la forêt mature. En quelques années, les chants d’oiseaux reviennent, les insectes recolonisent les lieux, les champignons restaurent les sols et la forêt reprend son rythme.
Dans certaines parcelles, les Pataxo ajoutent une dimension agricole durable. Le cacao, les bananiers ou le manioc poussent sous la jeune canopée. Cela crée une économie fondée sur la biodiversité plutôt que sur sa destruction. Ici, replanter n’est pas une nostalgie du passé, c’est une manière d’inventer un avenir plus juste et plus fertile.

Ressources complémentaires

Article grand public

« Propositions pour réussir une plantation forestière » par France Nature Environnement et SAPN
Un guide pratique qui fournit des clés pour la réussite d’une plantation forestière en France.

Article scientifique

« Large positive ecological changes of small urban greening actions » par Mata et al., 2023
Une étude qui montre comment une petite action de verdissement en ville peut conduire à une forte augmentation de la richesse des espèces d’insectes.

Article scientifique

« Multitaxon biodiversity and functional recovery in restored native forests in a biosphere reserve » par Ortega-Barrueta et al, 2025
Un article scientifique démontrant que les forêts restaurées natives supportent une diversité d’espèces plus riche que les plantations exotiques.

Comment s’en inspirer ?

Observer avant d’agir
Le projet mené avec les Pataxó rappelle une vérité fondamentale : réussir une plantation commence toujours par regarder, écouter et comprendre le territoire. Les essences choisies ne sortent pas d’un catalogue mais de l’histoire écologique du lieu. Planter des espèces qui appartiennent réellement au territoire permet de reconstruire un paysage cohérent, résilient et connecté à la biodiversité locale.
Créer des micro-habitats qui donnent de la force à l’écosystème
Une forêt n’est pas une simple ligne d’arbres. C’est un assemblage de zones d’ombre et de lumière, d’humidité et de sécheresse, d’abris et de clairières. Les Pataxó utilisent ce principe pour recréer une mosaïque de milieux où les insectes, les oiseaux, les plantes et les champignons trouvent leur place. À l’échelle d’une cour d’école, laisser des zones sauvages, créer des tas de bois, installer une petite mare ou favoriser des herbes hautes peut transformer complètement la richesse d’un espace.
Composer avec le temps du vivant
Les Pataxó associent des arbres rapides, qui apportent vite ombre et fraîcheur, et des arbres lents, qui construisent la forêt sur la durée. Cette vision à plusieurs temporalités est précieuse pour des projets menés avec des jeunes. Elle apprend que la renaturation ne se fait pas en un jour mais se structure en cycles, où chaque espèce joue un rôle différent au fil des années.
S’inspirer d’un lien culturel profond avec la Nature
Chez les Pataxó, planter un arbre ne relève pas seulement d’une action écologique, mais d’un geste culturel et spirituel. La danse, les chants, les rituels et la relation de respect envers le vivant donnent une dimension sensible à la restauration de la forêt. Ils rappellent que la nature n’est pas un décor, mais un partenaire avec lequel on entre en relation. Cette approche peut inspirer les jeunes à cultiver une véritable attention au vivant, en faisant de leur projet un moment de sens, de respect et de connexion.
Faire de la plantation un projet collectif
Dans les villages Pataxó, la forêt est un bien commun. Elle se construit grâce à la diversité de celles et ceux qui y contribuent : enfants, anciens, agriculteurs, naturalistes. Personne n’est de trop. À l’école, cette philosophie ouvre de magnifiques possibilités. Les élèves peuvent planter, suivre la croissance des arbres, faire des relevés, documenter les changements, accueillir les autres classes et transmettre leurs connaissances. Ils deviennent les initiateurs du projet, mais aussi les gardiens du lieu.
Accepter que renaturer, c’est redonner un espace d’expression au vivant
Les Pataxó montrent qu’une forêt renaît quand on lui crée les bonnes conditions. On plante, on protège, puis on laisse la Nature reprendre le relais. Cette leçon invite à lâcher l’idée de maîtriser parfaitement l’espace et à accueillir ce que le vivant invente. Une renaturation réussie n’est pas un jardin figé, mais un lieu qui évolue, qui surprend et qui grandit avec ceux qui l’habitent.