protéger une zone maritime
renaturation • polynésie française
Le contexte
Quand Charles Darwin arrive à Tahiti en 1835, il découvre des récifs coralliens luxuriants et presque intacts. Pendant plus d’un siècle, la faible densité humaine et les pratiques traditionnelles comme le rāhui préservent ces milieux. Au fil du temps, la modernisation bouleverse cet équilibre. Urbanisation, surpêche, pollutions, cyclones, épisodes de blanchissement et réchauffement climatique fragilisent les lagons, en particulier autour des zones habitées.
À Tautira, au bout de Tahiti, les habitants constatent la baisse des stocks de poissons et la fatigue du lagon. Les prises diminuent, certains poissons emblématiques se raréfient et le sentiment partagé est que la mer donne moins qu’avant. Le besoin de réagir devient évident. C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée de renouer avec une sagesse ancienne pour restaurer le lien avec le vivant.
La solution
Le rāhui est un outil traditionnel polynésien qui consiste à interdire temporairement l’accès à une zone ou à une ressource pour permettre à la nature de se reposer. À Tautira, il est remis au goût du jour sous forme de zones marines protégées. Le lagon est divisé en trois secteurs : une zone centrale sanctuarisée en permanence et deux zones périphériques où la pêche est interdite presque toute l’année. Périodiquement, pendant quelques heures seulement, ces zones ouvrent de manière exceptionnelle. Les poissons, plus nombreux et plus grands, sont alors capturés en un temps record, prouvant que la patience et le respect des règles fonctionnent.
Cette solution associe la tradition et la science. Les habitants prennent part aux décisions, et les chercheurs mesurent l’évolution des stocks et la santé du récif. En protégeant les poissons herbivores et les prédateurs clés, le rāhui permet aux coraux de mieux résister aux pressions. Il restaure un équilibre écologique et social : protéger devient un acte collectif, concret et gratifiant.
Face aux rares personnes qui enfreignent l’interdit, une expression est utilisée : « Aita Maitai ». Elle signifie en substance que l’acte répréhensible finit par troubler celui qui le commet, pas la communauté. Cette formulation sert de garde-fou émotionnel. Elle permet de ne pas gaspiller d’énergie à se focaliser sur les comportements négatifs et de préserver la dynamique positive du projet. C’est une technique simple pour protéger le cadre sans se laisser atteindre personnellement.
Ressources complémentaires
Article grand public
« À Tahiti, la tradition au secours du lagon » par UNESCO
Une présentation claire et accessible de cette pratique traditionnelle qu’est le Rāhui et de ses bénéfices.
Article grand public
« En Polynésie, des « jachères de la mer » au secours des lagons » par Reporterre
Article qui montre le regain d’intérêt pour cette pratique ancestrale, et son application qui s’exporte.