préserver le kiwi
Renaturation • Nouvelle-Zélande
Le contexte
Le kiwi est l’un des oiseaux les plus emblématiques de Nouvelle Zélande. Avant l’arrivée des humains, il évoluait dans un univers sans mammifères terrestres et n’avait donc aucun prédateur naturel. Il n’a jamais eu besoin de voler pour se défendre ni de développer de stratégies d’évitement. On estime que plusieurs millions de kiwis vivaient alors dans les forêts du pays.
L’équilibre s’est brisé il y a environ 1000 ans avec l’arrivée des premiers Polynésiens, qui ont introduit le rat et le chien. L’arrivée des colons européens a amplifié ce bouleversement, en transformant massivement l’habitat forestier et en introduisant de nouvelles espèces prédatrices comme le chat, le rat brun, l’hermine, la fouine et l’opossum. Incapables de se protéger face à ces nouveaux arrivants, les kiwis ont disparu d’immenses portions du territoire. Leur population, estimée à environ 12 millions d’individus avant l’arrivée des humains, ne compte plus aujourd’hui qu’environ 70 000 oiseaux.
La solution
Pour sauver les kiwis, les Néo Zélandais se sont attaqués à la cause principale de leur déclin : les prédateurs introduits. Ils ont lancé un plan à l’échelle du pays afin d’éliminer ou de contrôler ces espèces invasives, avec l’objectif ambitieux d’un territoire sans prédateurs d’ici 2050. Cela se traduit par l’installation de dizaines de milliers de pièges, des campagnes de contrôle chimique dans les zones trop difficiles d’accès et des sanctuaires exempts de mammifères, où les kiwis peuvent grandir en sécurité.
Cette stratégie ne se limite pas au piégeage. Il existe aussi un vaste programme d’éducation auprès des propriétaires d’animaux de compagnie. Des formations sont proposées pour apprendre aux chiens à reconnaître les kiwis et à ne pas les toucher. Les habitants participent également à des événements annuels, les Kiwi Hui, où associations, scientifiques et citoyens partagent leurs techniques, leurs réussites et leurs difficultés. Ce mouvement collectif transforme la lutte pour les kiwis en aventure nationale.
Un détail surprenant renforce encore l’intérêt de cette approche. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la priorité n’est pas de planter des arbres. Les Néo Zélandais ont compris que, si les oiseaux endémiques se portent bien, ils replanteront eux-mêmes la forêt en disséminant les graines. La nature fait alors le travail. Cette logique renverse notre vision classique du reboisement : avant de planter des arbres, il faut d’abord restaurer l’écosystème qui permettra à la forêt de renaître. On pourrait presque résumer ainsi cette philosophie : protéger les oiseaux, et la forêt reviendra.
Les résultats commencent à apparaître. Dans les régions où les prédateurs sont maîtrisés, les populations de kiwis ne déclinent plus, elles augmentent. C’est la preuve que la stratégie fonctionne.
Ressources complémentaires
Article grand public
« Le kiwi de Nouvelle-Zélande, un oiseau nocturne et discret » par Terra-Cultura, 2025
Une présentation du kiwi et de son mode de vie atypique, ainsi que des menaces qui pèsent sur sa survie.
Article scientifique
« Le rôle disséminateur des oiseaux dans la vie des plantes » par J. Dorst, 2022
Une revue scientifique qui explore comment les oiseaux contribuent à la dispersion des plantes, permettant ainsi le maintien du couvert végétal.