Les manchots

amérique du sud • Malouines

Qui est le manchot des Malouines ?

L’archipel des Falkland (îles Malouines), isolé au sud de l’Atlantique, abrite certaines des plus grandes colonies de manchots du monde. L’expédition Captain Darwin a permis d’étudier trois espèces de manchots présentes sur ces îles : le manchot royal, le manchot de Magellan et le manchot papou. Ces trois espèces trouvent leur subsistance en mer, où elles se nourrissent principalement de poissons. Bien que ce soient des oiseaux, leurs ailes ne leur permettent plus de voler depuis longtemps : elles sont devenues de véritables nageoires, parfaitement adaptées à la propulsion sous l’eau à grande vitesse.
Fait particulièrement intéressant d’un point de vue scientifique et historique, la colonie de manchots royaux n’existait pas à l’époque de Charles Darwin : les témoignages anciens situent sa création au début du XIXᵉ siècle. L’origine de cette installation reste encore mal comprise par les scientifiques.

Pourquoi étudier le manchot ?

Comprendre la diversité du vivant

Plusieurs espèces de manchots cohabitent aux Malouines : leur étude permet d’aborder la diversité du vivant et les notions d’espèce et d’adaptation au milieu.

Une porte d’entrée vers de grands enjeux

Les élèves découvrent les impacts de plusieurs grandes pressions : pêche industrielle, marées noires, changement climatique, pollutions, etc.

Le travail des scientifiques

Ce thème permet aux élèves de comprendre que la protection de la biodiversité repose sur des données scientifiques collectées sur le long terme, et illustre concrètement la démarche scientifique.

Pistes pédagogiques

Comprendre la diversité du vivant à travers la notion d’espèces

Trois espèces de manchots ont été étudiées par l’expédition Captain Darwin : le manchot royal, le manchot papou et le manchot de Magellan. Le manchot royal (Aptenodytes patagonicus) se distingue par sa grande taille (environ 1 mètre), son plumage élégant et son long cycle de reproduction ; c’est le plus grand manchot des Malouines. Le manchot papou (Pygoscelis papua), reconnaissable à la tache blanche au-dessus des yeux, est plus petit et très agile dans l’eau, avec une reproduction rapide et des colonies souvent proches du littoral. Le manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus), quant à lui, vit dans des zones plus tempérées, niche souvent dans des terriers et adopte un comportement migratoire hors période de reproduction.
L’étude conjointe de ces trois espèces vivant au même endroit est particulièrement pertinente en classe, car elle permet d’aborder concrètement la diversité du vivant et la notion d’espèce. Les élèves peuvent comparer des critères observables tels que la taille, le plumage, le comportement ou la reproduction, tout en travaillant des notions centrales de SVT comme l’adaptation au milieu. Bien qu’ils partagent le même environnement, ces manchots n’occupent pas exactement la même niche écologique et n’ont pas les mêmes stratégies alimentaires ou reproductives.
Cela amène des questions scientifiques essentielles : comment évitent-ils la concurrence directe ? pourquoi plusieurs espèces proches peuvent-elles coexister au même endroit ?
Même lorsqu’elles coexistent, ces espèces utilisent différemment les ressources : le manchot royal plonge plus profondément, les proies ciblées varient (poissons, krill, céphalopodes), les habitats de reproduction sont distincts et les stratégies saisonnières ou migratoires diffèrent. Ces différences illustrent clairement la partition de niche, un principe écologique fondamental montrant comment des espèces proches peuvent réduire la compétition en exploitant différemment leur environnement.
Enfin, ces trois espèces permettent d’étudier la notion d’adaptation : elles sont en effet parfaitement adaptées à leur milieu. Leur morphologie illustre des adaptations fortes au milieu aquatique : un corps fuselé, des ailes transformées en palmes pour la nage, un plumage dense et une épaisse couche de graisse assurant l’isolation thermique dans des eaux froides.

Les manchots, une porte d’entrée vers de grands enjeux environnementaux et sociétaux

Le manchot de Magellan figure parmi les espèces ayant connu le déclin le plus marqué au cours des dernières décennies, principalement sous l’effet des activités de pêche, auxquelles se sont ajoutés plusieurs épisodes de marées noires. Les recensements menés régulièrement par Falklands Conservation mettent en évidence une trajectoire contrastée : après un effondrement majeur dans les années 1980 et 1990, au cours duquel les effectifs ont chuté de plus de 80 %, conséquence combinée de la surpêche industrielle, de la pollution et de plusieurs anomalies climatiques, les populations semblent s’être stabilisées à partir de la fin des années 1990. Les colonies n’ont toutefois jamais retrouvé leur abondance passée ; elles ont atteint un nouvel équilibre, fragile, qui témoigne néanmoins d’une certaine résilience écologique.
Cette situation demeure préoccupante pour le manchot de Magellan, car il reste fortement dépendant des ressources halieutiques exploitées commercialement, notamment les poissons et les calmars. Il continue ainsi de décliner lentement, probablement en raison d’une concurrence alimentaire persistante avec les pêcheries et des effets du changement climatique sur la disponibilité des ressources marines.
À l’inverse, les manchots royaux présentent une situation plus favorable. Leurs populations montrent une stabilité remarquable, voire une lente augmentation des effectifs, soutenue par la protection du site et une gestion encadrée du tourisme, qui limite les perturbations durant la reproduction.
Malgré ces contrastes, les pressions pesant sur les manchots des Falkland restent multiples. La pêche industrielle demeure le principal facteur de stress, en particulier à proximité des zones de reproduction. S’y ajoutent les épisodes climatiques extrêmes, les marées rouges susceptibles d’affecter la survie des adultes et des poussins, ainsi que l’émergence récente de maladies.
Dans ce contexte, le tourisme écologique, lorsqu’il est strictement encadré, ne semble pas avoir d’impact négatif significatif sur la reproduction des manchots et contribue même au financement des programmes de conservation et de suivi scientifique.
Aujourd’hui, les manchots des Falkland illustrent à la fois la fragilité et la résilience des écosystèmes marins australs. Après plus d’un siècle d’exploitation et de crises écologiques, les colonies semblent avoir trouvé un équilibre précaire, dont la pérennité dépendra désormais de la capacité des sociétés humaines à concilier exploitation des ressources, protection du vivant et anticipation des dérèglements climatiques.

Actions de conservation et suivi scientifique

La réduction des perturbations liées au tourisme constitue un levier essentiel de conservation aux îles Falkland. Le manchot royal, bien qu’il se laisse approcher relativement facilement, reste un animal sauvage : une distance minimale de 5 mètres doit être respectée, règle appliquée à l’ensemble de la faune locale. Ces mesures simples mais strictes permettent de limiter le stress, de préserver les comportements naturels et d’assurer le succès reproducteur des colonies, tout en rendant possible un tourisme respectueux.
Mis en place dès 1989, le Falkland Islands Seabird Monitoring Programme (FISMP) assure le suivi à long terme des populations d’oiseaux marins, notamment des manchots, albatros et pétrels, grâce à des recensements réguliers et à l’étude du succès reproducteur. Les données collectées révèlent que ces populations sont soumises à de multiples pressions, telles que les changements climatiques, la pollution, les maladies émergentes ou encore les activités humaines comme la pêche et le tourisme.
Ce suivi scientifique régulier est indispensable pour évaluer l’état de santé des populations, alimenter les évaluations internationales (Liste rouge de l’UICN) et détecter précocement des évolutions préoccupantes nécessitant des actions de conservation. En fournissant des données de référence sur la taille des populations, leurs déplacements et leur diversité génétique, il constitue une base solide pour orienter des décisions concrètes, telles que la création d’aires marines protégées ou la réduction des captures accidentelles dans les pêcheries, et pour mieux comprendre la réponse des espèces et des écosystèmes aux pressions humaines.
L’étude des actions de conservation et du suivi scientifique est particulièrement riche sur le plan pédagogique. Elle permet aux élèves de comprendre que la protection de la biodiversité repose sur des données scientifiques collectées sur le long terme, et non sur des décisions arbitraires. Elle illustre concrètement la démarche scientifique : observer, mesurer, comparer, interpréter et agir. Les élèves peuvent ainsi relier des notions de SVT comme pressions environnementales, équilibre des écosystèmes, résilience et adaptation, à des situations réelles et actuelles.
Cette thématique favorise également une éducation au développement durable, en montrant comment les sociétés humaines peuvent concilier activités économiques, tourisme et protection du vivant. Enfin, elle aide les élèves à développer un esprit critique, en comprenant le rôle des scientifiques dans l’alerte, l’expertise et la prise de décision, et en les sensibilisant à leur propre responsabilité dans la préservation des milieux naturels.

Le manchot vu par Victor et Charles Darwin

Lorsque Charles Darwin arrive aux îles Malouines en 1833, il est intrigué par le manchot de Magellan, qu’il décrit avec humour et précision alors qu’il observe ces oiseaux en mer et sur le rivage. Deux siècles plus tard, l’expédition Captain Darwin met en lumière les mêmes espèces réunies aujourd’hui à Volunteer Point, où trois espèces de manchots (royal, Magellan et papou) forment de grandes colonies au nord‑est de l’archipel, révélant l’évolution de la biodiversité depuis l’époque de Darwin.

Comparaison avec une espèce locale

Comparer les manchots des Malouines avec le gravelot à collier interrompu, un oiseau côtier de Bretagne, permet de mieux comprendre comment différentes espèces marines ou littorales sont impactées par les pressions humaines et le changement climatique, malgré des habitats très différents.
Les gravelots sont particulièrement vulnérables car ils nichent à même le sol sur les plages, ce qui les expose directement aux perturbations locales : circulation de véhicules, chiens non tenus en laisse, activités sportives et tourisme estival.
À l’échelle globale, ils subissent également les effets du changement climatique, comme l’élévation du niveau de la mer et la perte de leurs habitats de nidification.
Comme évoqué précédemment, les manchots sont soumis à des pressions similaires : tourisme, pollution, changement climatique et modification des ressources alimentaires.
Étudier ces deux espèces en parallèle permet donc de montrer aux élèves que, quel que soit l’habitat (plage tempérée ou îles subantarctiques), les oiseaux doivent s’adapter à des pressions multiples, et que la protection des nids et la réduction des perturbations humaines sont des mesures clés pour préserver la biodiversité.

En savoir plus

Dossier pédagogique

« Biologie et écologie du manchot royal, suivi par balise Argos » Réserve naturelle Terres Australes françaises
Cette ressource propose un dossier pédagogique complet basé sur des données réelles de suivi de manchots royaux à l’aide de balises Argos.

Article scientifique

« Les oiseaux face au changement climatique »  Archaux, 2020
Cet article passe en revue les changements observés (reproduction, migration), explore les changements à venir et présente des pratiques pour limiter l’impact du changement climatique sur les oiseaux.

Dossier thématique

« L’océan polaire face aux crises du climat et de la biodiversité » Plateforme Océans et climat
Une ressource complète qui présente comment le changement climatique et les pressions humaines affectent les océans polaires, un contexte directement lié à la vie des manchots.