l’ibis rouge
amérique du sud • brésil
Qui est l’Ibis rouge ?
Avec son plumage rouge éclatant, dû aux pigments des crabes dont il se nourrit, l’Ibis rouge est l’un des oiseaux les plus spectaculaires d’Amérique tropicale. Il vit en colonies dans les zones humides comme les mangroves et les lagunes, des milieux essentiels mais fragiles.
Au début du XXe siècle, la mode européenne des robes ornées de plumes exotiques provoque une chasse massive. Longtemps menacé, il a fait son grand retour dans certaines régions grâce à la restauration de son habitat et à l’interdiction de la chasse.
Fiche pédagogique
Cette fiche retrace la rencontre de Charles Darwin avec l’Ibis rouge, présente le mode de vie de cette magnifique espèce, et vous propose des sources et des pistes pédagogiques pour proposer son étude avec vos élèves.
Pourquoi étudier l’Ibis rouge ?
Une particularité morphologique
La couleur atypique des Ibis leur vient de leur alimentation : ils se nourrissent principalement de petits crabes riches en pigments caroténoïdes, ce qui colore leurs plumes.
La protection des milieux, clé du retour des espèces
À Guaratuba, la protection durable de la mangrove a permis le retour spontané de l’Ibis rouge après près d’un siècle d’absence.
Pistes pédagogiques
Étude de son mode de vie
L’Ibis rouge peut atteindre une envergure de près d’1 mètre !
L’Ibis rouge est un échassier doté d’un bec fin, long et recourbé, qui lui permet de chercher sa nourriture dans la vase ou l’eau peu profonde. Son plumage d’un rouge intense est lié à son alimentation : il se nourrit principalement de petits crabes riches en pigments caroténoïdes, ce qui colore ses plumes. C’est aussi la raison pour laquelle les Ibis captifs étudiés par Darwin avaient perdu leur couleur : leur régime alimentaire devait être différent. Le plumage adulte est entièrement rouge, à l’exception de l’extrémité des ailes, bleu-noir.
Chez les juvéniles, le plumage est terne : le dos est brunâtre et le ventre blanc. Ce n’est qu’à deux ans qu’ils acquièrent le rouge vif caractéristique de l’adulte. Les Ibis sont grégaires et vivent en groupes.
Lorsqu’ils se nourrissent, ils peuvent former des bandes de 30 à 70 individus, fouillant dans la vase à la recherche de crustacés, mollusques et insectes. Ils dorment également en groupe, perchés dans les arbres, et se reproduisent en colonies pouvant atteindre 5 000 individus.
Les Ibis sont polygames : les mâles peuvent avoir plusieurs femelles. Les nids, plateformes de branches, sont construits à proximité les uns des autres, parfois plusieurs dans le même arbre. La reproduction a lieu principalement pendant la saison des pluies, bien que la période exacte varie selon la région. La femelle pond 3 à 5 œufs, couvés par les deux parents pendant 21 à 23 jours. Les jeunes s’envolent entre 35 et 42 jours, mais les parents continuent de les nourrir jusqu’à environ 75 jours, en régurgitant directement les aliments dans leur bec.
De la surchasse à la reconquête de la mangrove
Bien que la ville de Guaratuba ait toujours veillé à préserver la mangrove qui l’entoure, les Ibis rouges (Guarás), qui y vivaient jusqu’au début du XXᵉ siècle, ont été exterminés à cause du commerce intensif de leurs plumes. Ces dernières, d’un rouge vif, étaient utilisées pour décorer les robes en Europe durant l’entre-deux-guerres (1920‑1930). En quelques décennies seulement, la population locale a totalement disparu.
Cependant, les efforts de la population pour protéger la mangrove et maintenir la qualité de l’eau ont permis, au début du XXIᵉ siècle, un retour naturel des Guarás. En 1992, toute la baie a été classée réserve naturelle, afin de protéger la biodiversité et l’écosystème local. La région, jamais industrialisée ni exploitée pour l’agriculture à cause de la nature humide et instable de ses sols, a ainsi conservé un environnement favorable.
Il est à noter que la philosophie indigène de connexion intime avec la nature reste très vivante chez les habitants.
L’Instituto Guaju avait pour rêve de voir à nouveau les Guarás voler dans la baie après 80 ans de disparition. La politique de protection de la nature mise en place par la ville depuis le XVIIIᵉ siècle n’avait pas pu empêcher la disparition en 1920, mais elle a maintenu un écosystème sain, capable d’accueillir les oiseaux à leur retour.
Le retour des Guarás s’est fait spontanément : plusieurs individus semblent avoir migré depuis une colonie proche de São Paulo. Bien que sédentaires, ces oiseaux volent très bien. Après l’arrivée des premiers individus, la population s’est progressivement reconstituée et dépasse aujourd’hui 4 000 oiseaux dans la baie.
Ce succès montre que la préservation de l’environnement peut permettre le retour d’une espèce, parfois sans intervention directe : les habitants avaient préparé le terrain, pensant devoir réintroduire l’Ibis, mais l’oiseau est finalement revenu de lui-même.
L’Ibis rouge vu par Victor et Charles Darwin
Si Charles Darwin ne fait pas spécifiquement mention de cet oiseau somptueux, Victor a en revanche eu l’opportunité d’en observer plusieurs colonies. Chassés pour leurs magnifiques plumes, l’Ibis rouge a bien failli disparaitre du paysage local. Heureusement, en 1992, toute la baie est déclarée réserve naturelle, une initiative qui a permis le retour des Ibis. Victor a pu aller à la rencontre de ceux qui oeuvrent au maintien de ce bel écosystème.
Comparaison avec une espèce locale
À quelles espèces peut-on comparer l’Ibis rouge ?
Parmi les espèces présentant des similitudes avec l’Ibis rouge, on peut tout d’abord citer le Héron garde-bœufs, ainsi que d’autres échassiers vivant en milieux humides tels que le Courlis, le Héron cendré ou encore l’Aigrette garzette. Ces oiseaux partagent un habitat comparable, comprenant le littoral, les zones humides et les marais peu profonds. Le héron est également une espèce grégaire, reconnaissable à sa morphologie caractéristique : de longues pattes et un corps élancé. Son expansion est en partie liée aux activités humaines, notamment à l’élevage bovin, qui a favorisé l’élargissement de son aire de répartition.
La Loutre d’Europe constitue un autre exemple pertinent. À la fin du XXᵉ siècle, sa population en France était tombée à environ 1 000 individus seulement. Longtemps chassée pour sa fourrure, elle a bénéficié d’une protection légale à partir de 1972.
Toutefois, la pollution des cours d’eau, la raréfaction des poissons et la dégradation des berges ont fortement limité son installation. Grâce à des mesures de réintroduction, à la préservation de son habitat et à la création de centres de reproduction et de réinstallation, la loutre connaît aujourd’hui un retour progressif sur le territoire français.
Enfin, le Castor d’Europe illustre également la capacité de certaines espèces à se rétablir après avoir frôlé l’extinction. Autrefois intensivement chassé pour sa fourrure, il ne subsistait plus qu’une petite population dans la région du Rhône. Depuis plusieurs années, l’espèce recolonise progressivement de nombreux cours d’eau, notamment la Loire, et s’étend vers le nord et l’ouest de la France. Cette reconquête du territoire s’opère malgré une forte présence humaine, témoignant de la remarquable résilience du castor.
À comparer près de chez vous
Comparez l’ibis rouge au Héron garde-boeufs ou à d’autres échassiers qui vivent en milieu humide (Courlis, Héron cendré, Aigrette garzette…) ou encore la Loutre !
En savoir plus
Carte d’identité
« Ibis rouge » oiseaux.net
Un site qui permet de mieux comprendre l’Ibis : il présente son mode de vie, son habitat, son alimentation, sa reproduction,…
Article scientifique
« History of the Scarlet Ibis Eudocimus ruber in south and south-east Brazil » Chupil & Leite, 2018
Un article qui contextualise l’histoire de l’espèce et rapporte les causes de sa disparition et de sa réapparition.