L’alouette de raso

afrique • cap-vert

Qui est l’alouette de Raso ?

Au large de l’Afrique de l’Ouest, le Cap-Vert est un archipel semi-aride aux ressources fragiles. Parmi ses espèces emblématiques figure l’alouette de Raso (Alauda razae), un oiseau endémique de l’île de Raso et l’un des plus rares au monde.
Étroitement dépendante des pluies pour se nourrir et se reproduire, cette alouette a frôlé l’extinction en 2004, avec seulement 57 individus recensés. L’arrivée de l’homme, l’introduction de prédateurs comme les chats et les rats, ainsi que les sécheresses prolongées ont réduit sa présence à un minuscule îlot.
L’histoire de l’Alouette est inspirante car elle montre que même une espèce au bord de l’extinction peut retrouver espoir grâce à la mobilisation humaine.

Fiche pédagogique

Cette fiche présente le mode de vie des Alouettes de Raso, et vous propose des sources et des pistes pédagogiques pour proposer son étude avec vos élèves.

Pourquoi étudier l’Alouette de Raso ?

L’adaptation d’une espèce aux contraintes du milieu

L’Alouette de Raso, parfaitement adaptée à son environnement aride, niche à même le sol, se nourrit de végétaux ou vers, et se reproduit 1 à 2 fois par an.

Une porte d’entrée vers de grands enjeux

Les élèves découvrent comment nos modes de vie peuvent avoir un impact sur une espèce très localisée : espèces invasives, changement climatique,…

L’illustration d’une conservation réussie

La translocation de l’Alouette est un exemple concret et inspirant du rôle de l’homme dans la protection des espèces menacées.

Pistes pédagogiques

Étude de son mode de vie

L’Alouette de Raso est une espèce d’oiseau endémique de l’archipel du Cap-Vert, strictement limitée à la petite île de Raso, et classée En danger critique d’extinction (CR) par l’UICN.
Plus petite que l’Alouette des champs, elle est essentiellement terrestre et parfaitement adaptée à son environnement aride : son plumage discret, de couleur proche du sol, lui permet de se camoufler, tandis que son bec robuste est utilisé pour fouiller le sol à la recherche de graines, de végétaux clairsemés et de petits invertébrés. Elle niche directement au sol, dans une cuvette partiellement abritée tapissée de tiges herbacées.
La reproduction, étroitement liée à la pluviométrie, a lieu une à deux fois par an (au printemps et à l’automne), avec des pontes de un à trois œufs, mais le succès de nidification reste très faible. Généralement grégaire, l’espèce peut devenir territoriale durant la période de reproduction.
Totalement dépendante des pluies, l’Alouette de Raso voit sa reproduction presque s’interrompre lors des années de sécheresse, ce qui explique les fortes fluctuations de sa population, estimée entre 900 et 1 500 individus entre 2011 et 2019.

L’Alouette de Raso, une porte d’entrée vers de grands enjeux environnementaux et sociétaux

Étudier l’Alouette de Raso peut aussi permettre d’utiliser son cas comme porte d’entrée vers des questions essentielles : espèces invasives amenées par la mondialisation, changement climatique,…
L’intensification de la présence humaine, liée à la mondialisation et au commerce maritime dès le XVe siècle, a entraîné l’introduction d’espèces invasives dans de nombreux écosystèmes insulaires. Bien avant l’époque de Darwin, des animaux tels que les chats et les rats ont ainsi été introduits, aux côtés d’espèces domestiques comme les chèvres et les vaches observées par Darwin lors de son passage.
Ces espèves invasives ont eu un impact désastreux sur la population d’Alouettes de Raso. En effet, cette espèce, en l’absence d’une végétation abondante et d’une faible pression exercée par ses prédateurs naturels, niche à même le sol. Elle devient ainsi une proie sans défense pour les espèces nouvellement introduites.
Autre difficulté majeure pour l’Alouette : la changement climatique. Phénomène largement postérieur à l’époque de Darwin, il aggrave l’aridité des îles désertiques du Cap-Vert et affecte directement des espèces déjà très spécialisées comme l’alouette de Raso. Bien qu’adaptée à un environnement extrêmement sec, cette espèce dépend néanmoins de l’eau douce pour se nourrir et se reproduire.
Le dérèglement climatique entraîne une baisse significative de la pluviométrie, accentuant les sécheresses. Combinés à la pression humaine, ces facteurs ont progressivement concentré la population sur la seule île de Raso. En 2004, il ne restait plus qu’une cinquantaine d’individus, faisant craindre une extinction imminente de l’espèce.

L’espoir des projets de translocation

Face au risque imminent d’extinction de l’Alouette de Raso, l’association capverdienne Biosfera, spécialisée dans la préservation de la biodiversité, a mis en place un ambitieux projet de translocation. Celui-ci consiste à déplacer plusieurs dizaines d’individus de l’île de Raso vers l’île voisine de Santa Luzia, trop éloignée pour être atteinte naturellement par cet oiseau de petite taille.
Le choix de Santa Luzia s’explique par sa superficie plus importante, augmentant la probabilité de précipitations, et par la mise en œuvre préalable d’un programme d’éradication des espèces invasives, notamment les chats, afin de restaurer un habitat favorable.
En 2018, 37 Alouettes ont ainsi été transportées par bateau, baguées puis relâchées. Complétée par une seconde translocation, l’opération a porté ses fruits : une population durable s’est établie à Santa Luzia, sauvant l’espèce de l’extinction.
Au-delà de l’Alouette, ce projet a généré des effets positifs en cascade : la disparition des prédateurs introduits a favorisé le retour d’oiseaux marins comme les fous bruns et les pailles-en-queue, renforçant à leur tour les populations de lézards.
Globalement, c’est toute la faune qui, par effet rebond, bénéficie du retour de l’Alouette. La flore, elle aussi, pourrait à terme être positivement impactée, le guano jouant un rôle de fertilisant naturel très efficace. Les actions de préservation de la biodiversité sont intéressantes pour elles-mêmes, mais aussi parce que la Nature s’occupe bien souvent de doubler la mise !
Cette initiative illustre ainsi que les actions de conservation peuvent non seulement sauver une espèce, mais aussi restaurer durablement l’équilibre des écosystèmes et démontrer l’impact positif que l’homme peut avoir sur la biodiversité.
Il peut être intéressant de faire réfléchir les élèves sur l’intérêt que représente aujourd’hui la conservation des espèces animales en voie de disparition. De même, l’étude des espèces protégées en France ou sur le territoire français et des programmes en faveur de ces espèces peut leur faire prendre conscience que ces actions de conservation n’ont pas lieu que très loin à l’autre bout de la Terre, mais aussi tout près de chez eux.

L’Alouette vue par Victor et Charles Darwin

L’Alouette de Raso a pu bénéficier d’un programme de conservation : une opération de translocation depuis l’île de Raso vers l’île voisine de Santa Luzia a permis de créer un nouveau foyer de population viable et de redynamiser l’écosystème local. Captain Darwin documente cette initiative citoyenne exemplaire en montrant comment la mobilisation scientifique et associative peut contribuer au sauvetage d’une espèce menacée et illustrer, par un cas concret, les enjeux actuels de la conservation de la biodiversité.

Comparaison avec une espèce locale

En Bretagne comme ailleurs en Europe, l’Hirondelle est un oiseau familier dont la situation illustre la fragilité des espèces dépendantes des conditions météorologiques et de la disponibilité en insectes, à l’image de l’Alouette de Raso.
En France, les populations d’Hirondelles ont fortement diminué, ce qui lui vaut aujourd’hui une protection totale, incluant l’interdiction de détruire ses nids lorsqu’ils ne sont pas recréés ailleurs. Les Hirondelles souffrent notamment de la sécheresse, de la destruction de leur habitat (les nids installés sous les débords de toiture ou près des fenêtres étant souvent supprimés), ainsi que de la prédation par le chat domestique.
À cela s’ajoute la raréfaction des insectes, liée en grande partie à l’usage des pesticides.
Observer le déclin de l’Hirondelle permet ainsi de mieux comprendre les menaces qui pèsent sur d’autres oiseaux insectivores et dépendants du climat, comme l’Alouette de Raso.

À comparer près de chez vous

Comparez l’Alouette à l’Hirondelle : ce sont deux espèces à protéger, et qui ont des caractéristiques communes !

En savoir plus

Carte d’identité

« Alouette de Raso » oiseaux.net
Un site qui permet de mieux comprendre l’alouette : il présente son mode de vie, son habitat, ainsi que les menaces qui pèsent sur sa survie.

Article grand public

« Cap vert : réintroduction réussie de l’Alouette de Raso »  LPO
Un article qui relate le succès de la réintroduction de l’alouette sur l’île de Santa Luzia, après sa quasi-disparition sur Raso.

Vidéo externe

« Biosfera : protecting the desert islands » BirdLife International
Une vidéo qui permet de comprendre l’intérêt de l’Aire Marine Protégée des îles de Raso, Branco et Santa Luzia.