Réintroduire un ibis
renaturation • brésil
Le contexte
L’ibis rouge, appelé Guará, est l’un des oiseaux les plus spectaculaires des mangroves d’Amérique du Sud. Son plumage rouge vif, teinté par les pigments des crabes dont il se nourrit, a inspiré des récits, des légendes et même des noms de lieux. La ville de Guaratuba signifie littéralement « le lieu où se trouvent de nombreux Guarás ».
Au début du XXe siècle, la mode européenne des robes ornées de plumes exotiques provoque une chasse massive. En quelques décennies, l’oiseau emblématique disparaît complètement de la baie. La ville perd alors bien plus qu’une espèce. Elle perd une part de son identité, un symbole intime de son lien avec la nature. Pendant 80 ans, les mangroves restent silencieuses, orphelines de leur habitant le plus éclatant.
La solution
Le miracle du Guará ne tient pas à une opération spectaculaire, mais à une patience collective longue de plusieurs générations. Depuis la fin du XVIIIe siècle, Guaratuba protège son environnement. Une loi précoce limite la surpêche, la ville refuse l’installation d’industries polluantes, l’agriculture intensive n’y prend pas racine, et la mangrove reste intacte. Ce choix, presque culturel, fonde une relation apaisée entre humains et biodiversité.
Les pêcheurs naviguent dans la baie avec de petites embarcations, adaptées aux fonds fragiles. Les habitants se concentrent sur une seule rive, laissant l’essentiel de la zone naturelle dans son état originel. La qualité de l’eau demeure exceptionnelle, les palétuviers prospèrent et les crabes abondent. Sans que personne n’en ait conscience, les conditions idéales pour le retour d’une espèce disparue sont en train de naître.
Au début des années 2000, l’Instituto Guaju imagine un projet de réintroduction : accueillir des ibis venus du nord du Brésil, les acclimater dans une volière, puis les relâcher. Tout était prêt. Mais la nature a devancé l’homme.
Un jour de 2008, un pêcheur aperçoit un Guará, seul, posé dans la vase. Puis un autre. Puis une dizaine, puis des centaines. Les oiseaux avaient trouvé ce que la plupart des territoires côtiers du pays leur refusaient : un habitat protégé, abondant, libre. Ils se sont installés, ont niché, ont prospéré. Aujourd’hui, plus de 4000 ibis rouges vivent dans la baie. Le rêve des habitants est devenu réalité sans qu’aucun oiseau ne soit importé.
Ressources complémentaires
Article grand public
« Restaurer ou réensauvager la nature ? » par The Conversation
Un article qui explicite les différences et points communs entre restaurer ou réensauvager un milieu naturel.
Article grand public
« Réensauvagement. et si on laissait faire la nature ? » par EcoNature
Cet article décrit de façon claire ce qu’est le réensauvagement : laisser la nature suivre ses dynamiques naturelles, réduire l’intervention humaine, etc.