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Porzou mène l’enquête, crustacés interpellés !

24 Mar 2022 | Sensibilisation

Lundi 21 mars 2022, ce sont les élèves de 5ᵉ du collège du Porzou qui se mettent en mode naturaliste pour une sortie en compagnie de Nathalie Delliou d’Esprit Nat’ure. Au programme : découverte de la biologie des crustacés avec un zoom sur le crabe, puis sortie sur l’estran pour une séance de pêche à pied.

Les crustacés appartiennent au phylum des arthropodes, du grec arthron (« articulation ») et podos (« pied »). Il existe une grande diversité de crustacés, explique Nathalie : parmi eux, on trouve les crevettes, les homards ou encore les balanes, des animaux fixés que l’on rencontre en grand nombre sur nos estran rocheux. Le crabe lui aussi est naturellement cité dans cette liste.

Abordons maintenant les caractéristiques morphologiques du crabe : des antennes et antennules qui assurent des fonctions sensorielles importantes, parfois plus développées que les yeux ; quatre paires de pattes pour se déplacer ; une paire de pinces pour se nourrir et se défendre ; un céphalothorax qui unit la tête au thorax, tandis que l’abdomen se situe sur la face ventrale.

« Sauriez-vous reconnaître un crabe femelle ? » À cette question, les mains se lèvent. Sur la présentation projetée au tableau, les élèves indiquent l’image d’un crabe au large abdomen arrondi. C’est effectivement la femelle, dont la forme est faite pour accueillir les œufs. Les élèves du Porzou ont décidément réponse à tout.

Le phénomène de mue est ensuite expliqué, avec une comparaison tirée de la croissance d’un enfant. Comme la carapace d’un crabe n’est pas extensible, il lui faut la changer régulièrement, un peu comme nous changeons nos chaussures et nos vêtements. Attention toutefois : après la mue, le corps du crabe reste mou pendant plusieurs jours, et le mâle en profite souvent pour féconder la femelle.

Les élèves poursuivent avec l’étude du cycle de vie du crabe, de son système de respiration, de son régime alimentaire, de son mode de déplacement et finalement de sa capacité d’autotomie et de régénération. À l’image des lézards, certains crabes peuvent se séparer d’un membre, qui repoussera ensuite.

Le crabe captive tant que l’on pourrait en parler des heures, mais il est désormais temps de poser une dernière question aux élèves concernant la diversité des espèces : « Quels crabes connaissez-vous ? » Les réponses fusent : « Tourteau, crabe vert, étrille, araignée de mer, crabe petit-pois ». Tous ont hâte de les observer en vrai. Avant de partir, un rappel des bonnes pratiques de la pêche à pied s’impose.

Ce matin-là, la plus importante des consignes est de ne pas oublier de remettre les rochers dans leur position initiale, car comme le souligne Nathalie, une pierre retournée et non remise en place mettra environ trois ans à retrouver sa biodiversité !

Les indispensables du jour : les bottes. Sans tarder, les élèves enfilent leurs bottes et se dirigent vers la plage du Porzou, située à deux pas du collège ! Avec un coefficient de marée de 99, la mer se retire généreusement, offrant un vaste terrain de jeu : l’estran, la zone de balancement des marées.

Les consignes sont simples : déposer les crustacés récoltés dans des boîtes transparentes remplies d’eau de mer. « Si vous avez deux spécimens de la même espèce, relâchez par exemple celui qui a perdu une patte : il a besoin de beaucoup d’énergie pour la faire repousser, inutile de lui ajouter du stress », confie Nathalie.

Ni une ni deux, les enfants s’élancent pendant 45 minutes à la recherche des crustacés. Munis d’épuisettes et de seaux, ils soulèvent les rochers, scrutent attentivement les flaques et observent même sous les algues — sans oublier de replacer chaque habitat fragile. La diversité des espèces est telle sur cet estran qu’il serait dommage de s’en tenir aux seuls crustacés : d’autres phylums rejoignent bientôt les boîtes : échinodermes, poissons et mollusques.

Nathalie Delliou explique ensuite une caractéristique du crabe de pierre pendant que deux élèves listent, à Julien Raynaud, le contenu de leur seau. Après cette belle pêche, vient le moment d’observer les différentes espèces et d’en apprendre davantage à leur sujet.

Saviez-vous, par exemple, que les patelles, après s’être déplacées pour trouver de la nourriture, reviennent exactement au même endroit grâce à une substance chimique qu’elles laissent sur leur passage ? Que les étoiles de mer, pour se nourrir, déploient leur estomac à l’extérieur de leur corps ? Ou encore que chez le nérophis lombric (un cousin de l’hippocampe), c’est la femelle qui courtise le mâle, et c’est ce dernier qui porte les œufs ? Le monde du vivant est plein de surprises !

Mais revenons aux crustacés, l’objet initial de notre sortie naturaliste du matin. La pêche a été bonne et les crabes cités en classe sont presque tous au rendez-vous, ce qui permet d’expliquer aux élèves quelques anecdotes fascinantes : par exemple, l’étrille est capable, grâce à sa dernière paire de pattes plates, de nager sur de courtes distances. Le crabe porcellane, lui, lorsqu’il se sent menacé, se sépare d’un membre, d’où l’origine de son nom. Quant au tourteau, il peut migrer sur des centaines de kilomètres en quelques mois, tandis que le crabe vert est un redoutable envahisseur ailleurs dans le monde, où il cause de sérieux dommages aux pêcheries de coquillages.

En cette belle matinée de printemps, les élèves ont pu découvrir de nouvelles sensations : la texture glissante et froide des gobies, la rugosité des étoiles de mer, la danse des ophiures entre leurs doigts, l’enroulement du nérophis lombric autour des mains. Les plus réticents, après plusieurs approches à l’épuisette, ont même fini par prendre les crabes dans leurs mains en les maniant avec précaution.