31 mars 2022, nous mettons le cap sur Quimper. Rendez-vous au lycée Auguste Brizeux où nous attend la classe de 4ᵉ section européenne du collège Brizeux. Let’s talk about the hedgehog.
Après une brève recontextualisation du voyage du Beagle et une présentation du projet Captain Darwin, il est maintenant temps d’aborder le hérisson. Mais pourquoi ce choix d’espèce ? Au sein du lycée, un jardin partagé a vu le jour en mai 2019, à la faveur des mobilisations pour le climat : ce jardin est devenu depuis un lieu privilégié pour quelques hérissons. De plus, c’est l’occasion d’introduire les élèves à la notion de « fragmentation des habitats », qui constitue l’une des principales causes d’extinction des espèces à l’échelle mondiale.
C’est parti pour une présentation du hérisson ! En classe, nous abordons sa morphologie, ses cinq sens, son cycle de vie et les problématiques qui le concernent. Les élèves apprennent que le hérisson porte en moyenne 6000 piquants composés de kératine (comme nos ongles), que son sens le plus développé est l’odorat et qu’il est capable de localiser une proie enfouie jusqu’à 3 cm sous la surface du sol. Son ouïe lui permet également de chasser : il perçoit les ultrasons des insectes dont il se nourrit. Mais la vie du hérisson n’est pas de tout repos : de nombreuses menaces d’origine humaine pèsent sur lui.
Une question est posée aux élèves de 4ᵉ : « Avez-vous une idée des dangers et problèmes qui jalonnent la vie du hérisson ? » Une réponse revient invariablement : « les voitures ». En effet, la plupart du temps que nous les apercevons, ils sont déjà morts au bord de la route. Parmi les autres causes de mortalité se trouvent la pollution chimique, mais surtout la fragmentation des milieux, la destruction des habitats et l’appauvrissement des ressources alimentaires.
Entrons un peu dans les détails pour mieux comprendre les causes de la disparition du hérisson. Les haies sont indispensables à cet animal : elles lui offrent un abri et la matière première pour ses nids. De plus, comme les lisières et les bandes enherbées, elles constituent des voies de circulation idéales. Or le développement de l’agriculture intensive entraîne la disparition de ces axes de déplacement, et la destruction des habitats va de pair avec cette pratique.
En revanche, à notre échelle, nous pouvons agir en faveur de cette espèce et mettre en place quelques aménagements simples. En effet, le hérisson est désormais plus présent dans les zones urbaines et périurbaines que dans les zones rurales. C’est pourquoi il est important d’évoquer avec les élèves de Brizeux quelques bonnes pratiques s’ils observent des hérissons dans leur jardin ou dans le parc proche de leur domicile…
Certains gestes peuvent être simples :
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créer des passages pour maintenir des zones de circulation entre les jardins,
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fabriquer un abri,
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mettre de l’eau à disposition,
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enlever les objets pouvant être dangereux (bouts de verre, grillages, boîtes de conserve, pots en plastique…),
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laisser des tas de feuilles, de branches et des zones d’herbe.
Les élèves, dans le potager du lycée, observent les zones favorables aux hérissons (haies, zones d’herbe, compost, tas de feuilles…). Maintenant qu’ils ont en tête les problématiques que rencontrent les hérissons, nous pouvons partir à leur rencontre. Étant un animal nocturne, nous allons nous intéresser aux indices de présence dans le jardin : pour cela, les élèves reçoivent une petite carte pour reconnaître les empreintes et les crottes, témoins de son activité.
Nous voilà maintenant dans le potager. Première mission pour les élèves : faire le tour du jardin et lister les zones et milieux favorables aux hérissons. « Les haies, les bandes d’herbe, le compost » sont cités.
L’objectif suivant est d’identifier les obstacles que peuvent rencontrer les hérissons dans ce même espace. « Grillages, bouts de plastique, polystyrène » malheureusement, le hérisson peut se blesser ou rester coincé s’il tente de franchir un grillage, et même rester la tête prisonnière d’un déchet.
Savez-vous quels sont les prédateurs des hérissons ? Pas facile comme question, mais les élèves finissent par trouver qu’il s’agit du hibou (grand-duc) et du blaireau, tandis que les renards et les chiens peuvent surtout manger les jeunes.
Et de quoi se nourrit le hérisson ? Un dernier tour du jardin est effectué pour trouver les proies de cette espèce. Nous ne trouvons pas beaucoup d’aliments, à part un champignon, une coquille d’escargot et quelques larves dans le compost. Mais le hérisson est plus fort que nous : ses repas se composent d’insectes, de vers de terre, de larves, de limaces ou d’escargots, mais aussi de fruits et de champignons…
Maintenant, savez-vous pourquoi ils sont considérés comme les amis des jardiniers ? « Il mange les limaces », et oui, c’est bien ça ! Tout comme la coccinelle, le hérisson est un auxiliaire de culture puisqu’il consomme limaces, chenilles et larves qui s’attaquent aux plantations.
Nous avons finalement pu repérer, lors de la prospection du jardin, des crottes de hérisson. Hélène Villebois-Coïc, professeure relais, proposera la construction et l’installation d’un tunnel à hérisson lors d’une prochaine séance dans le cadre de la mission hérisson : un programme de sciences participatives lancé par la LPO en 2020 à l’occasion de l’année du Hérisson d’Europe. Cette action permettra d’aider les scientifiques et d’observer des empreintes de hérisson, mais peut-être aussi de chats, de fouines ou de belettes, qui sait ?
Laurent Mary, professeur de SVT et référent du projet potager, arrive sur les lieux. Nous allons maintenant parler avec lui d’une autre espèce qui a élu domicile dans le lycée : il s’agit de la chauve-souris grand rhinolophe. Direction les caves du lycée, un lieu qui, depuis 2019, est devenu un refuge pour les chauves-souris suite à la signature d’une convention avec le Groupe Mammalogique Breton, car il accueille une colonie de cette espèce protégée.
Nous nous introduisons dans les combles du lycée, lampe torche en main. Un petit groupe suit Laurent Mary avec discrétion, une question au cœur : « Vont-elles être là ? » Le suspense est à son comble… quelques minutes plus tard, ils reviennent sans avoir vu les petits mammifères volants, mais ils ont pu, comme pour le hérisson, observer où se cache cette espèce et les traces qu’elle laisse derrière elle. Ils reviendront peut-être pour les voir s’ils poursuivent en seconde au lycée Brizeux dans deux ans.
De retour en classe, la déception de ne pas les avoir vues est rapidement remplacée par un sentiment d’émerveillement en découvrant les photos de Laurent Mary. Cette chauve-souris est la plus grande que l’on puisse observer en Bretagne : elle peut atteindre jusqu’à 40 cm d’envergure, explique Laurent. Elle possède un nez en forme de fer à cheval : celui-ci lui sert à émettre des ondes sonores qui, après avoir heurté un obstacle ou une proie, lui reviennent et lui offrent une image en trois dimensions. Cette technique d’écholocation lui permet de se repérer dans l’espace et de chasser. Malheureusement, comme le hérisson, le grand rhinolophe est menacé par la fragmentation des habitats, la destruction de ses gîtes de repos ou encore par les collisions routières.
La fin de la journée approche : cette classe de 4ᵉ doit regagner son établissement, mais ils pourront bientôt échanger avec Victor par visioconférence et lui raconter cette sortie en détail.

