les moutons
amérique du sud • les malouines
Qui est le mouton des Malouines ?
À Port‑Louis, l’activité principale est aujourd’hui l’élevage de moutons, surtout pour leur laine, très prisée pour sa qualité exceptionnelle. À part l’introduction des moutons par les colons britanniques, le paysage de Port‑Louis a très peu changé depuis l’époque de Darwin.
À cette époque, le bétail occupait déjà les prairies, mais il a progressivement été remplacé par le mouton. L’économie locale repose désormais principalement sur la production de laine, à laquelle s’ajoutent la pêche et, plus récemment, le tourisme.
Pourquoi étudier le mouton ?
Impact des espèces introduites
Observer les moutons permet de comprendre comment une espèce introduite peut transformer durablement un écosystème insulaire et modifier les habitats naturels.
Gestion durable et compromis
Les moutons illustrent la nécessité de concilier activités humaines et préservation de la biodiversité, en adaptant les pratiques pour limiter les effets négatifs.
Problématiques transversales
Cette étude permet d’aborder en classe des notions de SVT et géographie, comme les interactions entre l’Homme et le milieu, les adaptations, et l’évaluation des pressions anthropiques sur les populations locales.
Pistes pédagogiques
Élevage : du bétail aux moutons
Au fil des décennies, alors que l’Angleterre consolidait sa présence sur les Malouines, le mouton a progressivement supplanté le bétail. Un ancien livre, daté de 1924, indique que dès 1865, l’élevage pour la laine a pris le pas sur l’élevage pour la viande.
Aujourd’hui, les moutons occupent presque toute la surface de l’archipel, répartis sur une vingtaine de fermes immenses de plusieurs dizaines de milliers d’hectares. Ils vivent en semi-liberté, pâturant sur les terres pendant la majeure partie de l’année avant d’être tondus annuellement.
L’étude de cette évolution est particulièrement intéressante en classe pour :
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comprendre comment une espèce domestique peut transformer durablement un territoire ;
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observer l’interdépendance entre économie et biodiversité ;
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réfléchir aux conséquences écologiques de l’élevage intensif, même à faible densité humaine.
Impacts sur la biodiversité : le cas des herbes Tussac
L’arrivée et la prolifération des moutons ont eu des effets considérables sur l’écosystème des Malouines. Les herbes Tussac, qui forment des touffes denses et fournissent un habitat crucial pour de nombreux oiseaux et mammifères terrestres (comme les otaries), ont été particulièrement affectées.
On estime que 80 % des herbes Tussac ont disparu depuis l’arrivée de l’homme. Cette perte d’habitat menace la biodiversité locale, réduisant les refuges pour certaines espèces et modifiant la structure écologique de l’archipel.
Pour limiter ces effets, les éleveurs ont mis en place des enclos et des exclos, qui permettent de concentrer le pâturage des moutons sur certaines zones tout en laissant d’autres secteurs vierges et protégés, favorisant ainsi la régénération de la flore et la survie de la faune.
Entre impacts écologiques et survie humaine
Il serait trop simpliste de qualifier l’élevage de moutons de « mauvais ». Pour les habitants des Malouines, le mouton représente une source essentielle de revenus et de subsistance, et l’économie de l’archipel repose largement sur la laine.
Cette situation illustre un point important à transmettre en classe : le monde est complexe, et il n’existe pas toujours de solution simple.
La préservation de la biodiversité doit être conciliée avec les besoins humains, et des pratiques adaptées permettent de limiter l’impact écologique tout en garantissant la survie des populations locales.
Le mouton vu par Victor et Charles Darwin
Lorsque Charles Darwin arrive aux îles Malouines en mars 1833, il découvre Port‑Louis, la seule enclave habitée de l’archipel, et décrit un paysage vallonné, couvert d’une herbe brune monotone sous un sol tourbeux. Deux siècles plus tard, l’expédition Captain Darwin retrouve ce site presque inchangé : les formes des collines, les montagnes à l’horizon et même les détails observés autrefois se reconnaissent encore aujourd’hui. Pourtant, un changement significatif s’est opéré : le bétail que Darwin avait vu a été remplacé par des moutons
Comparaison avec une espèce locale
Selon l’angle choisi en classe, le mouton des Malouines peut être comparé à différentes espèces présentes en Bretagne, afin d’élargir la réflexion sur les relations entre activités humaines et milieux naturels.
La comparaison la plus directe consiste à mettre en parallèle le mouton des Malouines et le mouton breton. Dans les deux cas, il s’agit d’une espèce domestique introduite et gérée par l’Homme, utilisée pour la production agricole (viande et parfois laine) mais aussi pour l’entretien des paysages. En Bretagne, on trouve des moutons dans les prés-salés (comme en baie du Mont-Saint-Michel), sur certaines îles (Ouessant, Molène) ou dans des espaces naturels entretenus par le pâturage.
Cette comparaison est particulièrement riche : aux Malouines, un pâturage mal maîtrisé a contribué à la dégradation des herbes Tussac, tandis qu’en Bretagne, le mouton peut au contraire maintenir des milieux ouverts et favoriser la biodiversité (oiseaux nicheurs, plantes rares). Elle permet ainsi de montrer que ce n’est pas l’espèce en elle-même qui est problématique, mais la manière dont elle est gérée par l’Homme.
Le mouton des Malouines peut également être comparé au bétail bovin, deux espèces domestiques. Les vaches, comme les moutons aux Malouines, occupent de vastes surfaces, modifient les sols, la végétation et les paysages, et sont au cœur d’enjeux économiques majeurs. Cette comparaison permet de travailler des notions transversales telles que la pression sur les sols (piétinement, érosion) ou encore la dépendance économique des territoires à l’élevage. Elle invite les élèves à réfléchir non plus seulement à une espèce, mais à des modèles agricoles et à leurs conséquences environnementales.
Enfin, une comparaison peut être faite avec des herbivores sauvages, comme le chevreuil ou le cerf. Bien qu’ils ne soient pas domestiques, ils exercent une forte pression de broutage sur la végétation, pouvant entraîner des déséquilibres lorsque les prédateurs naturels sont absents. Leur gestion par l’Homme (régulation des populations) permet de montrer que les déséquilibres écologiques ne concernent pas uniquement les espèces élevées, mais plus largement les écosystèmes modifiés par les activités humaines.
En savoir plus
Article grand public
« Rôle de l’élevage dans la perte de la biodiversité » Conservation Nature
Un article de synthèse expliquant comment l’élevage (dont le pâturage) intervient dans la modification des habitats, l’érosion des sols et la perte de biodiversité.
Article grand public
« Plaidoyer pour les prairies et l’élevage durable » WWF
Ce rapport analyse l’importance des prairies permanentes en France et leur rôle pour le climat, le stockage du carbone et la biodiversité.