l’iguane marin

amérique du sud • galápagos

Qui est l’iguane marin ?

L’iguane marin est une espèce unique au monde : c’est le seul lézard capable de vivre et de se nourrir dans l’océan. Endémique des Galápagos, il se nourrit d’algues qu’il broute sous l’eau et peut retenir sa respiration plus de 30 minutes. Avec son corps sombre pour emmagasiner la chaleur et ses griffes puissantes pour s’accrocher aux rochers, il incarne l’adaptation parfaite à un environnement extrême, mais reste très vulnérable aux bouleversements de son habitat.

Dans un contexte de changement climatique global, l’iguane marin est confronté à des contraintes environnementales de plus en plus fortes, notamment lors des épisodes climatiques El Niño. Sa capacité d’adaptation, à la fois spectaculaire et limitée, en fait un modèle clé pour comprendre comment les espèces pourraient, ou non, survivre dans le monde de demain.

Pourquoi étudier l’Iguane marin ?

Une particularité morphologique

Lors d’évènements climatiques extrêmes, les iguanes marins sont capables de diminuer leur taille corporelle jusqu’à 20%, ce qui permet d’introduire de grandes notions comme l’adaptation au milieu.

Une porte d’entrée vers de grands enjeux

El Niño constitue une véritable expérience naturelle, qui offre l’opportunité d’observer la réponse d’une espèce à des conditions climatiques extrêmes comme le changement climatique.

Le travail des scientifiques

Ce thème permet aux élèves de comprendre que la protection de la biodiversité repose sur des données scientifiques collectées sur le long terme, et illustre concrètement la démarche scientifique.

Pistes pédagogiques

Étude de son mode de vie

Les iguanes marins des Galápagos présentent un mode de vie particulièrement atypique, caractérisé par une capacité de résilience exceptionnelle face aux variations brutales de leur environnement.
Ils ont en effet développé des adaptations physiologiques uniques chez les vertébrés adultes, leur permettant de survivre à des périodes de famine sévère. Lorsque les ressources alimentaires viennent à manquer, les iguanes ralentissent fortement leur métabolisme, ce qui réduit leurs besoins énergétiques. Plus remarquable encore, ils sont capables de diminuer leur taille corporelle jusqu’à 20% en résorbant une partie de leur masse osseuse, un phénomène inédit chez les reptiles adultes, qui leur permet de s’adapter aux périodes de crise.
Lorsque les conditions environnementales redeviennent favorables, notamment après la fin d’un épisode El Niño, ils peuvent reprendre leur croissance et restaurer leur masse corporelle. Cette plasticité morphologique et physiologique illustre une forme rare de résilience biologique, adaptée à des cycles naturels de type « boom-and-bust », où alternent abondance et raréfaction des ressources.
Sur le plan pédagogique, l’étude des iguanes marins permet d’aborder la notion d’espèce sentinelle, c’est-à-dire une espèce dont la sensibilité constitue un indicateur précoce des changements affectant un écosystème.
Elle offre également un support pertinent pour travailler l’adaptation des êtres vivants à leur milieu, les relations entre les organismes et leur environnement, ainsi que la notion d’écosystème.
Enfin, ce cas d’étude permet de relier un changement du milieu à une réponse biologique concrète, d’introduire la notion de plasticité phénotypique – capacité d’un même génotype à produire différents phénotypes selon les conditions environnementales – et de distinguer clairement adaptation individuelle à court terme et évolution à long terme des populations.

La disparition de leur alimentation : un effet direct du changement climatique

La survie des iguanes marins dépend presque entièrement des algues marines côtières, elles-mêmes extrêmement sensibles à la température de l’eau.
Lors d’événements climatiques tels que El Niño, la surface de l’océan se réchauffe, entraînant une baisse des nutriments disponibles et une disparition des algues près des côtes. Cette situation déclenche des famines massives chez les iguanes marins, qui en dépendent pour leur alimentation.
Avec le changement climatique, les scientifiques redoutent que les épisodes El Niño deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses. Dans ce scénario, les mécanismes d’adaptation des iguanes, pourtant remarquables, pourraient ne plus suffire à assurer la survie de certaines populations.
Sur le plan pédagogique, cette thématique permet d’aborder les notions de chaînes et de réseaux alimentaires, de mettre en relation le climat, l’océan et la production primaire (ici les algues), et d’étudier les conséquences en cascade des variations environnementales au sein d’un écosystème.

El Niño : un laboratoire naturel pour comprendre le futur climatique

Le phénomène El Niño correspond à un réchauffement des eaux du Pacifique qui perturbe le climat dans de nombreuses régions du monde.  Ce phénomène récurrent constitue une véritable expérience naturelle à grande échelle, offrant aux scientifiques l’opportunité d’observer, en temps réel, la réponse d’une espèce à des conditions climatiques extrêmes.
Dans ce contexte a été lancé le programme de recherche « Ecology of Marine Iguanas of the Galapagos Islands », dont l’objectif est de comprendre l’impact du phénomène El Niño sur les iguanes marins. Lors des épisodes El Niño, le réchauffement des eaux de surface réduit la disponibilité des algues dont se nourrissent les iguanes, provoquant une forte mortalité et des changements physiologiques spectaculaires. L’équipe a mis en place un protocole scientifique complet, combinant travail de terrain et outils de haute technologie.
Les premiers enseignements du programme de recherche montrent que les iguanes marins subissent déjà les effets du phénomène El Niño : perte de poids, affaiblissement général et diminution de la disponibilité en algues. Le programme confirme aussi que l’espèce est un excellent indicateur de la santé de l’écosystème marin des Galápagos, car elle réagit rapidement aux changements de température et de ressources.
Chaque épisode El Niño permet d’évaluer la résilience des colonies et les limites de leur capacité d’adaptation.
Enfin, la conservation de l’iguane marin ne peut pas être envisagée isolément : il faut prendre en compte les interactions entre climat, écosystèmes et activités humaines, ce qui rend la recherche scientifique indispensable pour guider les politiques environnementales de l’archipel.
L’étude des iguanes marins et des épisodes El Niño constitue un support pédagogique riche pour explorer les liens entre climat, écosystèmes et adaptation des êtres vivants. Elle permet d’aborder progressivement les notions de milieu de vie, de besoins des organismes et de variations environnementales, à partir d’observations d’images, de vidéos ou de comportements animaux.
Cette thématique offre également l’occasion de comprendre les relations entre climat et ressources alimentaires, en construisant des chaînes et réseaux trophiques et en analysant les conséquences de la disparition d’une ressource sur l’ensemble de l’écosystème.
À un niveau plus approfondi, les élèves peuvent étudier El Niño comme un modèle du changement climatique global, en analysant les impacts des épisodes plus fréquents et plus intenses sur la survie et la résilience des populations. On peut introduire la distinction entre adaptation individuelle (plasticité phénotypique) et évolution à long terme, ainsi que les limites biologiques de l’adaptation. La dimension citoyenne peut être travaillée à travers la science participative : les élèves peuvent participer virtuellement à des comptages d’animaux, comprendre l’importance des données partagées pour la conservation et réfléchir à des actions concrètes pour protéger les écosystèmes marins.
De manière transversale, cette thématique permet également de travailler des compétences clés : observer et analyser des phénomènes scientifiques, mettre en relation différents niveaux d’organisation (climat, algues, iguanes), argumenter et expliquer des causes et conséquences et développer une conscience écologique et citoyenne. Elle constitue ainsi un support riche pour lier sciences, géographie, éducation au développement durable et pédagogie active.

Comparaison avec une espèce locale

Comparer l’iguane marin des Galápagos à des espèces présentes ou symboliques des écosystèmes français permet de mettre en lumière la manière dont différentes formes d’adaptation, de spécialisation alimentaire et de vulnérabilité au changement climatique s’expriment dans le vivant. C’est une porte d’entrée pédagogique efficace pour aider les élèves à comprendre que les réponses des espèces aux variations de leur environnement ne sont pas uniformes, mais dépendent de leur histoire évolutive, de leur écologie et de leur mode de vie.
Le macareux moine est un oiseau marin qui se nourrit principalement de petits poissons capturés en mer, comme le lançon, et qui niche en colonies sur les côtes atlantiques françaises. Les populations françaises et nord-atlantiques sont influencées par les variations de disponibilité des poissons dont ils dépendent, elles aussi modifiées par le réchauffement des eaux et les perturbations des chaînes alimentaires marines : c’est un bon exemple d’espèce dont la survie est liée à une ressource alimentaire spécifique et aux conditions océaniques qui la soutiennent (un parallèle direct avec la dépendance exclusive de l’iguane marin aux algues marines).
La moule commune, quant à elle, est un organisme filtreur dont la physiologie est sensible à des facteurs abiotiques tels que la température, l’acidification et la disponibilité de nourriture. Des études montrent que l’élévation de la température et l’acidification peuvent modifier le métabolisme ou affecter des fonctions physiologiques clés des moules, ce qui en fait une espèce sentinelle utile pour observer les effets directs du changement climatique sur les organismes marins.
Le saumon atlantique illustre une autre dimension de la vulnérabilité : en tant que poisson migrateur, il dépend à la fois de conditions favorables en eau douce et en eau marine. Les populations sauvages ont décliné dans de nombreuses régions, notamment en raison de la modification des températures de l’eau et des habitats liés au changement climatique, qui influencent la migration, la reproduction et la survie des jeunes poissons.
Ces comparaisons permettent de faire réfléchir les élèves sur des questions comme : qu’est-ce qui rend une espèce dépendante d’une ressource ou d’une condition environnementale ? Comment les variations de température ou de disponibilité alimentaire se répercutent-elles dans un écosystème ? Il est possible de confronter des stratégies très différentes : spécialisation alimentaire (iguane marin, macareux), sensibilité physiologique aux facteurs abiotiques (moule), dépendance à des habitats multiples (saumon). Ce qui ouvre des discussions riches sur écologie, évolution et impacts du changement climatique, tout en donnant aux élèves des points d’appui concrets pour observer ou interpréter des données.
A l’inverse, le crabe vert européen constitue un contre-exemple pédagogique intéressant : c’est une espèce littorale très généraliste, capable de tolérer une large gamme de conditions de salinité et de température et d’exploiter diverses ressources alimentaires. Cette plasticité écologique explique sa grande résilience dans des environnements changeants et, dans certains cas, son succès en tant qu’espèce invasive, en contraste avec les espèces spécialisées et plus vulnérables.

En savoir plus

Article grand public

« Comment les phénomènes El Niño et La Niña affectent-ils le climat«  BBC News
Un article qui présente le phénomène El Niño, ses causes et ses conséquences, ainsi que son lien avec le changement climatique.

Vidéo externe

« L’iguane marin des Galápagos – une mystérieuse disparition » Arte
Une vidéo qui présente le mode de vie des iguanes et la cause de disparition des iguanes marins : l’intensification du phénomène El Niño.

Article grand public

« Investigating the impact of El Niño on marine iguanas: part 1 » Galapagos Conservation Trust
Un site qui permet de comprendre les enjeux de l’étude scientifique menée par l’expédition Captain Darwin.