Les CP, CE1 et CE2 de l’école de Cadol se réunissent pour partir à la découverte du Héron garde-bœufs. Cette espèce, quelque peu opportuniste, a su, au fil du temps, profiter de l’adoucissement des températures pour migrer toujours plus au nord. C’est pourquoi on la trouve aujourd’hui en Bretagne, et nous voilà prêts à l’observer.
Audrey Marcais, ornithologue professionnelle de la LPO, nous accompagne et nous guide dans cette aventure. L’après-midi promet d’être riche en découvertes.
Nous commençons par apprendre à utiliser correctement les jumelles. Ce n’est pas facile quand on n’en a jamais tenu une paire en main, mais la classe est dégourdie et tout le monde s’en sort plutôt bien. Nous entamons ensuite une marche, jumelles accrochées au cou, dans l’espoir de dénicher des hérons. Attention à ne pas confondre le Héron garde-bœufs avec l’aigrette garzette, sa proche cousine : cette dernière a un bec noir tandis que le héron que nous cherchons a le bec jaune, et leurs pattes ne présentent pas la même couleur.
Un court point historique est nécessaire pour comprendre la présence du Héron garde-bœufs en France. Il a connu l’une des extensions naturelles les plus rapides et importantes de toutes les espèces d’oiseaux. Originellement présent au sud de l’Espagne, au Portugal et en Afrique du nord, il a migré en Amérique du nord dans les années 1940 et s’est étendu en Europe du nord dès les années 1960. En France, il a d’abord posé le pied en Camargue, puis a progressivement remonté vers le nord jusqu’à être observé aujourd’hui en Bretagne, une progression spectaculaire. Il a même été aperçu en Norvège il y a quelques années. Qu’est-ce qui a permis à cette espèce d’étendre son territoire à ce point ? C’est en raison de l’essor de l’élevage du gros bétail à travers le monde. Le Héron garde-bœufs doit d’ailleurs son nom à une relation de commensalisme avec le gros bétail : il se tient toujours à proximité des animaux. Cette relation à sens unique profite au héron sans que le bétail tire un avantage de sa présence. Dans notre cas, le héron profite des insectes et petits vertébrés remis en surface par le broutage du bétail.
Nous arpentons la campagne de Cadol, et une multitude d’oiseaux se font entendre et voir. Audrey propose alors un petit jeu : “le roi du silence”. Tous ferment les yeux et les bouches pendant deux minutes pour écouter la vie qui nous entoure. À chaque chant d’oiseau entendu, les enfants comptent : un… deux… trois… Ils sont nombreux, cachés dans les arbres, à former une véritable chorale. Audrey nous aide à identifier certains chants : rouge-gorge, mésange, merle, peut-être même un troglodyte mignon. Mais pour l’instant, aucun héron ne se montre.
Audrey nous rappelle l’importance de rester attentifs à tous les indices lorsque l’on est en sortie naturaliste. Elle s’arrête un moment pour nous montrer des plumes éparpillées au sol, probables vestiges d’un festin. Comment sait-elle que ces plumes proviennent d’un animal qui a été mangé, et non d’un oiseau qui a simplement perdu ses plumes ? Tout dépend de l’état des plumes : si elles sont cassées, on peut supposer qu’un prédateur les a arrachées ; si elles sont intactes, l’oiseau a probablement mué.
Nous continuons notre chemin à travers des sentiers boueux, parfois en traversant des mares trop larges pour être enjambées. Les oreilles et les yeux grands ouverts, les enfants s’appliquent à mener leur mission à bien : trouver le Héron garde-bœufs. Certains prennent des attitudes de véritables naturalistes et se retrouvent au sol, jumelles aux yeux, scrutant méticuleusement l’horizon. Ces mouvements marquent peut-être les prémices d’une carrière d’affût. D’autres éprouvent encore des difficultés à observer avec leurs jumelles, mais l’après-midi se déroule dans la joie.
Finalement, le Héron garde-bœufs ne montre pas le bout de son bec, au grand regret des élèves. Cependant, une multitude d’autres espèces a pu être observée. C’est finalement là tout l’intérêt du naturaliste : partir en quête d’un objectif précis, et revenir riche d’expériences même si l’espèce recherchée n’a pas été observée. Nous retournons en classe pour conclure ce moment et annoncer la prochaine étape : une visioconférence avec Victor.

