À Rosporden, à Quimper, à Elliant et à Concarneau, nous partons à la pêche au plancton. Depuis janvier 2024, l’équipe Captain Darwin s’est rendue à l’école primaire des Étangs de Rosporden, à l’école Frédéric Le Guyader, à l’école La Vallée du Jet à Elliant, puis au collège des Sables Blancs à Concarneau, avec pour objectif de faire redécouvrir la biodiversité locale à près de 90 élèves. Bien que ces quatre établissements évoluent dans des biotopes variés, en ville ou à proximité de la mer, ils partagent une même curiosité : étudier le plancton ! Pour relever ce défi, l’association Cap vers la Nature nous a accompagnés dans nos sorties.
Mais qu’est-ce que le plancton ? Le mot plankton signifie « errer » en latin. Ce monde planctonique est constitué de milliards de créatures, animales et végétales, qui se laissent porter par le courant. Dans une eau stagnante, le plancton peut encore manifester un léger mouvement, mais dès qu’un courant se forme, il ne peut lutter et se laisse emporter : il erre. Le plancton colonise les rivières, les lacs, la mer et les océans. Certaines espèces se retrouvent uniquement en eau douce, d’autres uniquement en eau salée, et parfois certaines se sont adaptées à vivre dans les deux milieux, comme les copépodes.
Fait étonnant : ce que nous appelons plancton n’est pas toujours microscopique ; il peut représenter un stade de vie d’espèces plus grandes, comme certaines méduses ou crustacés. Il est également essentiel de distinguer le zooplancton, qui représente les animaux planctoniques, du phytoplancton, qui est la vie végétale planctonique.
L’observation n’était pas toujours facile ! Sur chaque site, tous les élèves ont eu l’occasion de participer à la pêche en utilisant des filets à mailles fines spécialement prévus à cet effet. À Rosporden, l’observation s’est déroulée dans l’étang proche de l’école ; à Quimper, c’était dans le Steïr, la rivière qui traverse la ville. À Elliant, la pêche s’est faite dans le Jet, et à Concarneau, tout s’est déroulé à deux pas du collège, dans la retenue d’eau du Zins.
Une fois chaque classe munie de 4 à 6 litres d’eau filtrée, nous retournions en salle pour filtrer encore plus précisément nos échantillons. Cette étape essentielle permettait de concentrer le plancton avant de l’examiner au microscope. Souvent, avant cette étape, il était déjà possible de distinguer quelques spécimens à l’œil nu dans les bouteilles de verre. Ensuite, chaque classe pouvait admirer, projetées au tableau, les formes étonnantes de la vie microscopique présentes sur les lames observées.
Les espèces les plus fréquemment observées étaient la daphnie, les copépodes adultes et leurs larves, ainsi que les rotifères. Nous avons également eu la chance d’apercevoir diverses larves d’insectes, qui ne font pas partie du plancton : des larves de moustiques, mais la plus surprenante était sans doute celle d’éphémères. La plus grande concentration de plancton observée se trouvait dans les échantillons du Zins !
Concrètement, il faut savoir que le plancton constitue la base alimentaire de tout le monde marin : 1000 grammes de phytoplancton nourrissent 100 grammes de zooplancton qui, à son tour, alimente 10 grammes d’alevins (les jeunes poissons et crustacés), lesquels permettent la production de 1 gramme de petits poissons, ce gramme donnant 0,1 gramme de thon. Ainsi, il faut 10 tonnes de phytoplancton pour produire 1 kilo de thon ! Ces microorganismes sont aussi d’excellents indicateurs de l’état de santé d’un plan d’eau.
Le phytoplancton n’est présent que dans ce que l’on appelle la zone euphotique, c’est-à-dire la bande d’eau la plus proche de la surface, où il accomplit la photosynthèse. La photosynthèse est un processus par lequel ces organismes créent leur source d’énergie : ils absorbent des sels minéraux et du dioxyde de carbone, transformés en lipides et glucides grâce à la lumière du soleil, tout en rejetant de l’oxygène dans l’eau, puis dans l’atmosphère. D’ailleurs, c’est principalement grâce au plancton que nous respirons : il fournit plus des deux tiers de l’oxygène présent dans l’atmosphère !
Toutes ces observations seront ensuite comparées à ce que Victor prélèvera et étudiera dans les eaux chiliennes. Il faut savoir que les forêts du Chili subissent actuellement de forts incendies, qui influencent l’alimentation du zooplancton. Les particules de cendre peuvent se déplacer sur de grandes distances dans l’air, enrichies en fer et en azote. Plusieurs études ont montré que ces deux éléments, quand ils atteignent les océans, augmentent la production de phytoplancton, entraînant parfois d’importants blooms planctoniques. De plus, en cette période du phénomène El Niño, les eaux gagnent en température, ce qui impacte également les populations planctoniques de l’océan Pacifique.

