Ce mardi 16 avril, une sortie atypique m’attend à Saint-Yvi ! Je rejoins la classe de CE2-CM1-CM2 accompagné de Yannick, représentant d’Esprit’Nature et bénévole de Bretagne Vivante, grand connaisseur de la flore bretonne.
Aujourd’hui, nous allons découvrir quelles espèces se cachent dans nos parcs en Bretagne : sont-elles envahissantes ou non ? Viennent-elles de chez nous ou du bout du monde ?
Yannick se présente et nous révèle que sa passion pour les plantes lui vient de sa mère, elle-même grande passionnée du monde végétal. Cette anecdote nous montre qu’il suffit parfois d’une source d’inspiration du quotidien pour trouver ce qui nous passionne dans la vie. Des métiers, il y en a plein, mais les passions, elles, se comptent souvent sur les doigts d’une main !
Avec le temps breton typique – mi-pluie, mi-soleil – nous nous munissons de bottes étanches pour partir au parc, situé juste en face de l’école. Et la sortie commence dès l’entrée ! Yannick nous montre la plante qui domine autour du ruisseau sous le pont : l’œnanthe safranée. Cette plante possède une racine hautement toxique, capable de tuer un bovin ! Une entrée en matière qui fait froid dans le dos !
Nous poursuivons notre chemin jusqu’à une vaste plaine remplie d’une multitude de plantes que Yannick s’empresse de nous nommer.
Pour nous, c’est un horizon vert ; pour lui, c’est l’inventaire complet d’une multitude d’espèces ! Il y a du rumex, reconnaissable à ses graines et sa tige rougeâtre. Je partage ma petite connaissance de cette plante : comme sa tige est très solide, les éleveurs de bovins n’apprécient pas que leurs vaches la consomment, car cela diminue la production de lait. En revanche, en production de lait de chèvre, il est très courant d’en donner aux chèvres, car celles-ci la digèrent facilement. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que les chèvres mangent vraiment de tout !
Nous voyons aussi des boutons d’or, avec leurs étamines pleines de pollen. Yannick en profite pour nous expliquer le cycle de reproduction d’une fleur grâce aux insectes pollinisateurs, attirés naturellement par les plantes colorées. Et comment font celles qui n’ont pas de couleurs ? Eh bien, elles ont évolué pour se débrouiller autrement : certaines s’accrochent aux poils des animaux pour se disséminer loin, d’autres profitent du vent comme le pissenlit ! Après fécondation, ces petits poils blancs s’envolent comme des parachutes et permettent à la plante de se propager.
La pâquerette nous dévoile aussi ses secrets ! Elle n’est pas tout à fait comme les autres fleurs, car elle possède à la fois les organes mâles et femelles.
Nous reprenons notre chemin, jusqu’au bord du ruisseau où une ronce forme une limite naturelle du parc. Yannick nous explique que ces épines permettent à la plante de se protéger des prédateurs et offrent parfois une protection à d’autres espèces végétales à leurs pieds, comme le dactyle. C’est une plante commune que tous les élèves semblent reconnaître. Elle est même comestible, et soudain, l’ensemble de la classe s’imagine à un buffet à volonté ! Elle goûte le dactyle avec curiosité. Selon Yannick, si un jour nous manquions de nourriture, cette information pourrait bien nous sauver la mise.
En continuant notre exploration, nous rencontrons aussi du houx et des orties. À propos du houx, nous apprenons que son sexe se reconnaît à la présence de baies rouges pour la femelle et de fleurs pour le mâle. Sans ces signes, il devient beaucoup plus difficile de déterminer le sexe. Pour l’ortie, c’est une plante très intéressante : sa gourmandise nous renseigne sur la qualité du sol ! Elle se nourrit d’azote, donc si des orties poussent facilement dans un sol, cela signifie que ce sol est riche en azote.
D’ailleurs, Yannick montre comment les toucher sans se faire piquer : il suffit de prendre délicatement la fleur, sans toucher les poils urticants.
L’ortie est aussi une plante utilisée en phytothérapie par nos grands-parents pour soigner de nombreux problèmes de santé au lieu de recourir à des médicaments modernes. Il suffisait (et il suffit toujours !) de la préparer en soupe pour être soulagé dans la journée.
Alors que la classe est encore captivée par le dactyle, Yannick raconte une anecdote amusante : si l’on plie une feuille entre nos pouces, on peut « siffler » à travers elle. Immédiatement, toute la classe, professeur incluse, se lance dans un concert de trompettes végétales !
Trêve de plaisanteries : pour nous reconcentrer sur ce qui nous entoure, nous approchons d’une zone semi-bitumée où des structures de jeu ont été installées. C’est là que débute notre sujet principal : les plantes dites envahissantes. Le sol est recouvert d’une couche de mousse et de quelques excroissances d’herbes. Yannick nous fait remarquer que, quoi que l’on construise, la nature finit toujours par reprendre ses droits et se frayer un chemin.
Enfin, nous atteignons la fin du parc après une heure de balade riche en informations. Yannick nous prête des loupes pour observer de plus près les plantes à nos pieds. Nous nous divisons en groupes de trois et ramassons toutes sortes de fleurs et de tiges fascinantes. On découvre des épines pointues, des nervures translucides et des détails surprenants du monde végétal.
Les pissenlits emportent facilement la palme de la plante la plus curieuse ! Près de nous se trouvent aussi des Nombrils de Vénus, une plante grasse, et des berces spondyles, inoffensives contrairement à la berce du Caucase, connue pour ses brûlures photosensibles très dangereuses ! Nous voyons aussi des stellaires, nommées ainsi pour leur ressemblance aux étoiles, des cardamines des prés, des plantains lancéolés (dont fait partie le « plantain corne de cerf », très répandu), ainsi que des fougères, dont les spores se trouvent sous les feuilles !
Jusqu’à la dernière minute, nous apprendrons des choses sur les plantes qui nous ont entourés toute l’après-midi. Avant de rentrer à l’école pour dresser la liste de tout ce que nous avons observé, nous discutons des évolutions végétales et animales que nous connaissons. Nous parlons par exemple de la sélection naturelle, comme avec le paresseux géant et le Mégathérium, et de la sélection artificielle que l’on observe dans l’élevage.
Malgré leur jeune âge, il semble que la classe saisisse que rien n’est constant et que tout est en constante évolution. Nous, les humains, sommes nous-même une espèce de singe, cousine des gorilles – et certainement pas leurs descendants directs !
Nous nous disons au revoir et à la prochaine fois !
