Le début d’année est déjà très mouvementé pour la classe de la Fourmilière ! La petite école de la Chapelle neuve programme avec Captain Darwin une sortie pour découvrir le Tarun, un bras de la rivière qui passe en contre bas de l’établissement. Une espèce extraordinaire, locale, et menacée, y loge dans le plus grand des secrets. Le projet final est justement de connaitre suffisamment l’espèce pour faire un panneau indicatif au cœur du village pour avertir de la présence de cet étrange petit animal. Mais tout d’abord, il faut connaitre son lieu de vie !
Nous sortons ce jeudi 17 octobre en compagnie de l’association Blavet terres et eaux, représentées par Marion PILORGET et Yves MERLE.
Les enfants ont découvert Captain Darwin et Darwin le jour même, au cœur d’une matinée mouvementée et riche de connaissances sur la faune du monde entier. Donc nous sommes prêts et excités à l’idée de mieux découvrir l’environnement d’ici, tout près d’où nous nous trouvons.
Nous enfilons nos bottes, attachons nos gourdes à notre cou, et partons pour 10 minutes de marche au cœur de la forêt juste « sous » l’école. C’est plutôt pratique, et nous met tout de suite en mode observateur silencieux puisque le chemin pénètre une zone à la fois privée et publique, où nous croisons déjà différents animaux. Aurore, la professeure, nous fait remarquer que notre silence nous permet de repérer les différents oiseaux nous survolant. L’un d’eux alerte ces compères de notre présence, comme une sonnette d’alarme, dans un tintamarre remarquable.
Une fois sur le Tarun, Yves nous fait remarquer que nous entrons sur une zone humide. En effet, nos bottes font « schiq schiq » comme le remarquent les enfants. Alors il ne faut pas courir, pour ne pas risquer de glisser. Nous avons hâte de pécher, alors Marion nous remet des coupelles en plastique ainsi que des épuisettes, et Yves nous conduit rapidement au bord de l’eau. Enfin juste avant de s’éloigner, il nous dit aussi de faire attention à nos « prélèvements », qu’il ne faut pas embêter avec nos gros doigts, ou leur faire peur. Nous les libérerons à la fin de la sortie.
Des petits groupes se forment, certains vont sur la berge, tandis que d’autres partent escalader des troncs d’arbre pour accéder à des zones plus sauvages. Le premier prélèvement ne tarde pas à attirer les curieux ! D’abord une araignée de l’espèce des faucheuses a élu domicile sur Corentin, tandis que ce dernier aide les élèves à accéder à un coin où le courant est plus fort. Les premières pêches sont des « patineuses », dit des araignées d’eau. Leur corps est fascinant puisqu’elles glissent sur l’eau grâce à des bulles d’eau coincées sous les extrémités de leurs membres.
Dans le sable se cachent de gros insectes faisant 5 cm de long, très larges, et apparemment très voraces ! Yves nous prévient de ne pas les mélanger avec les autres insectes, car ils risquent de les manger !
Rapidement des échanges se font, pour sauver les prélèvements des enfants. Peu à peu, d’autres insectes sont prélevés et nous ne savons pas ce que c’est ! Yves trouve même un poisson, que les enfants rêvent tous de prendre dans leur boîte, mais ce dernier n’est pas partageur. Il nous réserve une explication sur ces petits poissons pour la suite de la sortie.
Lorsque la pêche prend fin, Marion nous donne des clefs de détermination afin d’identifier ces petites bêtes. Ce n’est pas compliqué, il faut compter les paires. Et une paire c’est combien ? Une paire, c’est deux membres ! Nous, nous avons une paire de mains ! Alors avec des insectes nous allons vite compter plusieurs paires ! Le premier élément de la clef de détermination c’est « il n’y a aucune patte », le second c’est « il y a 3 paires de pattes », et le dernier « Il y a 4 paires de pattes ». Chaque binôme s’attèle à la tâche ardue de compter les pattes d’un petit individu ne cessant de se déplacer, ou de se cacher. Certains spécimens parviennent même à s’échapper et à retrouver le chemin vers l’eau ! Heureusement, certaines espèces sont plus faciles à identifier que d’autres, et Marion et Yves sont là pour valider nos observations. Il y a des larves de libellules, des larves de demoiselles, des araignées d’eau, des trichoptères… Une multitude de vies ! Marion et Yves nous ont initiés aux techniques des vrais scientifiques qui étudient la faune et la flore du monde entier avec leurs loupes et leurs clefs de détermination, un poil plus compliquées que les nôtres !
Une fois les dessins de chacun terminés (certains ont même eu le temps d’en dessiner deux) nous passons à la surprise de la sortie !
Yves prend place face à nous avec un étrange objet semblable à une moule, mais de taille incroyable ! En effet celle-ci doit bien fait 15 cm de long ! Rien à voir avec une moule d’eau de mer que nous mangeons en été. C’est une MULETTE PERLIÈRE ! Une espèce locale, qui trouve refuge dans des cours d’eau exceptionnellement sain et propre ! La chance pour nous c’est qu’elle se trouve dans le bras du Tarun ! Sous leurs pieds, leurs élèves ont un environnement unique. Cet animal de la famille des bivalves s’enfouit dans le sable avec son unique pied, et parasite une truite pour porter sa progéniture. Elle filtre 50 litres d’eau par jour ! Une huitre en comparaison, c’est 2 à 5 litres !! De plus elle est dotée d’une longévité incroyable qu’on estime entre 60 et 190 ans. Malheureusement, elle est menacée par les polluants pouvant se trouver dans l’eau qu’elle boit au goulot, la rendant malade et la tuant peu à peu. Et comme elle a besoin d’un poisson-hôte comme la truite pour se reproduire, elle est directement impactée par l’impact de la pêche mal contrôlé de ce poisson.
Ce qui est formidable, c’est que la classe de la Fourmilière va informer tout le village de la présence de cette espèce unique pour les sensibiliser à la faune de chez eux ! Car ils sont tous concernés par le traitement des eaux, et l’impact qu’ils peuvent causer à cette espèce endémique menacée ! Les enfants ont été très surpris d’apprendre qu’une grosse moule comme celle-ci pouvait vivre tout près de chez eux.
En classe, je leur apprends qu’ils vont comparer cette espèce avec celle de l’ibis rouge ! Un oiseau endémique du brésil qui a disparu de la forêt Mata Atlantica pendant près de 80 ans à cause du mauvais traitement des mangroves. Heureusement, grâce à des protocoles de protection des sites, des espèces, et de la rigueur, l’oiseau est revenu de lui-même, on appelle ça la réintroduction naturelle. Car comme on dit « Mère nature reprend toujours ses droits » !
