C’est une nouvelle matinée ensoleillée qui se profile ce 26 janvier, en compagnie de la classe de seconde du Lycée Pierre Guéguin de Concarneau. L’objectif ? Parcourir à pied le chemin jusqu’à la plage de Pendruc, dans l’espoir d’apercevoir des Hérons garde-bœufs. Ces oiseaux, pourtant attendus, se font rares ces derniers jours : les vagues successives de froid ayant touché le Finistère Sud les ont incités à se réfugier dans des zones plus clémentes.
Nous sommes accompagnés aujourd’hui par Nathalie Delliou, naturaliste aguerrie dont les connaissances ornithologiques sont profondes. Léo, photographe et ornithologue en herbe, se joint également au groupe. Cette sortie est un peu particulière, car elle s’inscrit dans un projet mené par des bénévoles de l’association La Maison : Alice et Ambre. Elles ont pour mission de réaliser un reportage vidéo sur cette expédition naturaliste : filmer leurs camarades, trier les rushs, puis s’atteler au montage. Cette activité fait fortement écho au travail de Victor durant l’expédition autour du monde menée par Captain Darwin.
Nous partons sur les traces du Héron garde-bœufs, munis de caméras, de jumelles, de longues-vues et de solides chaussures de marche. Une première halte nous permet d’observer un cousin du garde-bœufs, le Héron cendré. Il se promène dans un champ à proximité du sentier. Nathalie réunit alors les élèves pour une introduction à la thématique du jour : les échassiers. « Ces oiseaux ont, au fil du temps, développé de longues pattes pour se nourrir sur le littoral, dans les marais et les zones humides », nous explique-t-elle, établissant un lien avec les travaux de Charles Darwin et sa célèbre découverte sur l’adaptation des becs des pinsons à leur environnement alimentaire.
Les yeux rivés à la longue-vue, quelques croquis s’esquissent et des notes sont prises lorsque surgit une seconde espèce : un Faucon crécerelle qui voltige au-dessus du champ, immobile dans l’air, comme si l’esprit du vent le soutenait. Nathalie aide les élèves à différencier ce rapace de la buse par la longueur de sa queue et sa taille modeste.
Nous reprenons notre marche en direction de la mer. Sur la plage de Pendruc, quatre Huîtriers pies se promènent sur les rochers : d’abord trois, puis un quatrième émergeant comme pour illustrer l’unité des couples chez cette espèce. La balade se poursuit jusqu’à une mare voisine, où nous observons des bécasseaux sanderlings. Ces petits limicoles, dans leur va-et-vient incessant au gré du ressac, semblent posséder une mécanique presque ludique. C’est un grand migrateur : en été, il vit dans le cercle arctique et, en hiver, migre vers l’Amérique du Nord, l’Europe du Sud, l’Afrique ou encore l’Australie. Un détail fascinant : sa masse corporelle augmente linéairement à mesure que la température baisse, une stratégie pour emmagasiner de l’énergie.
Nathalie profite de la halte auprès de la mare pour expliquer la différence entre les oiseaux nidicoles et nidifuges. Les premiers sont alimentés par leurs parents au nid, tandis que les seconds quittent celui-ci dès la naissance, déjà capables de se déplacer. Parmi ces derniers, les goélands, qui abandonnent leur nid trois jours après l’éclosion, se nourrissent grâce à la déglutition régulière de nourriture par les adultes. Un détail remarquable : sur le bec du goéland, une tache sert de repère aux juvéniles, qui la tapent pour déclencher la déglutition parentale.
Dans la mare proche, deux colverts se faufilent avant de s’envoler. Nathalie prononce alors un terme légèrement barbare pour beaucoup : la glande uropygienne. « Qu’est-ce donc ? », demande-t-elle. Il s’agit d’une glande spécifique aux oiseaux, située au niveau du croupion, utilisée lors du toilettage : elle sécrète une huile hydrophobe appliquée sur les plumes pour les imperméabiliser. Certaines études suggèrent qu’elle pourrait également favoriser la flexibilité des plumes ou agir comme un antimicrobien, mais le débat scientifique est toujours ouvert.
La marche se poursuit le long du littoral. Nous croisons des sternes, majestueuses en vol, rasantes comme des danseuses effleurant la surface de l’eau. Bientôt, face à la plage de Porzh Breign, plusieurs oies bernaches se dessinent à l’horizon. Nathalie invite alors les élèves à fermer les yeux, prêter l’oreille et percevoir les chants de la nature environnante. Malheureusement, le vent qui siffle dans nos oreilles masque quelque peu ces mélodies. Nous cherchons un abri et revenons à l’écoute : mésange charbonnière, rouge-gorge, pipit farlouse, troglodyte mignon, pic vert : autant de chants qui s’entrelacent dans ce moment de tranquillité.
Hélas, le Héron garde-bœufs n’a pas révélé le bout de son bec tant espéré, au grand regret des élèves. Mais ils ont été comblés par la diversité d’espèces observées, illustrant parfaitement qu’une quête naturaliste peut être enrichissante, même lorsqu’on ne trouve pas exactement ce que l’on cherchait. La matinée se conclut par un pique-nique sur la plage, puis le groupe reprend la route à pied vers le lycée.
La prochaine étape annoncée est une visioconférence avec Victor, durant laquelle les élèves compareront le Héron garde-bœufs à un autre membre de sa famille : l’ibis rouge du Brésil.

