Aujourd’hui, avec la classe de CM1-CM2 de l’école primaire de Tourch’, nous sommes partis sur les traces de l’hirondelle ! Et d’ailleurs, j’écris bien « sur les traces de l’hirondelle » et non « à sa recherche », car nous sommes le mardi 13 décembre et, à cette période de l’année, en plus d’avoir le nez gelé, on ne peut pas observer les hirondelles : elles ont déjà migré vers l’Afrique.
L’objectif de cette sortie est donc d’observer leurs nids, qu’ils soient posés sur les débords de toit, nichés dans les angles de fenêtres ou dissimulés dans des endroits clos comme des granges. C’est donc, les yeux rivés vers les toitures du petit village de Tourch’, que nous allons passer l’après-midi !
Mais avant cela, un premier moment en classe est organisé avec les élèves, qui ont la tête pleine de souvenirs de la présentation de la veille sur Charles Darwin et l’expédition. Ils se sont passionnés pour le poulpe, dont le comportement est fascinant. Lorsque Julien les interroge sur ce qu’ils ont retenu à ce sujet, les mains se lèvent et trépignent d’impatience.
« Il a neuf cerveaux, un par bras et un dans sa tête », affirme Sandra.
« Il peut changer la couleur de sa peau et sa texture aussi », ajoute Maxime.
Julien oriente ensuite l’échange sur les oiseaux et notamment sur une espèce que Darwin a pu observer lors de son passage au Cap-Vert : l’alouette de Razo. Mais quel rapport avec l’hirondelle ? Eh bien, toutes deux sont fortement menacées par l’homme ainsi que par les changements climatiques. Et c’est en partie pour cette raison que l’on s’y intéresse.
L’hirondelle est ensuite mise sur le devant de la scène grâce aux explications de Maryannick Cotten, de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) et fondatrice du groupe Hirondelle. De nombreux détails et anecdotes sont partagés. À titre d’exemple, nous apprenons que les hirondelles ne pèsent en moyenne que 20 g, l’équivalent d’une enveloppe postale remplie de deux feuilles de papier. « Ah ouais, c’est tout ?? », chuchote Anaïs, interloquée.
Ensuite, les enfants apprennent à différencier les trois espèces d’hirondelles que l’on rencontre grâce à des caractéristiques morphologiques spécifiques. Les hirondelles rustiques ont une queue plus effilée que les hirondelles de fenêtre et présentent une partie de la tête rougie. Les hirondelles de rivage, elles, se reconnaissent facilement à leur teint brun-gris qui contraste complètement avec leurs deux compères, dont les plumes tendent davantage vers le bleu-noir.
Les élèves sont ensuite embarqués sur le sujet des nids d’hirondelles, qui diffèrent eux aussi d’une espèce à l’autre, allant de l’accumulation de boulettes de terre au creusement de galeries dans des dépôts meubles. Maryannick a d’ailleurs apporté pour l’occasion un nid qu’elle a fabriqué elle-même selon une technique très spécifique.
Mais alors pourquoi construire des nids, se demande-t-on ? Car les populations d’hirondelles rustique et de fenêtre ont diminué de 30 % à 40 % en France ces dernières années, nous dit Maryannick, et les causes sont multiples : baisse de leur ressource alimentaire (les insectes) due à l’utilisation de pesticides, diminution des flaques d’eau nécessaires à la construction des nids, destruction des nids par l’homme lors de ravalement de façades, travaux ou rénovation…
« Il faut donc aider les hirondelles, et un des moyens de le faire est de leur permettre de retrouver facilement un nid où pondre leurs œufs après leur retour périlleux d’Afrique ».
Et justement, les élèves de Tourch’ vont découvrir d’ici peu qu’ils ont un rôle à jouer en tant que sentinelles de la biodiversité et gardiens du vivant.
Cette première mise en bouche terminée, place désormais à l’observation ! Équipés d’un bonnet, d’une veste chaude et de gants, les élèves se préparent à partir à l’aventure dans leur village. Les règles sont posées : prendre ses jumelles de naturaliste (ses mains) et scruter les débords de toits et les coins de fenêtre, tout en veillant à bien rester sur le trottoir, bien sûr. Nous cherchons donc des nids, des indices de la présence des hirondelles de fenêtre dans le village.
« Là, on en voit un ! » interpelle le petit groupe en tête de peloton. Maryannick s’approche et confirme que oui, c’est bien un nid d’hirondelle de fenêtre. Il est de forme ovale et se situe entre la façade et le débord de toiture, exactement à l’endroit où on s’attendait à le voir ! Le reste du groupe se joint pour observer le nid. On y distingue des brins de paille qui dépassent.
Qu’est-ce que cela indique ?
Maryannick nous explique que la paille témoigne de la colonisation du nid par une autre espèce qui voit également son habitat se réduire : le moineau. Tristement, les hirondelles sont parfois délogées du nid dans lequel elles sont nées par d’autres oiseaux qui, eux aussi, ont de plus en plus de mal à perdurer.
C’est d’ailleurs pour cette raison que les nids artificiels construits par Maryannick doivent respecter des règles très précises. En effet, si l’ouverture du nid est trop petite, les hirondelles ne pourront pas y revenir pondre, mais s’il est trop grand, elles risquent de voir leur nid pris par d’autres oiseaux… La matière utilisée pour le construire est également importante, tout comme sa forme.
Tout est millimétré, attention !
Petit à petit, nous nous approchons de l’ancienne mairie du village. Karine, la maîtresse des élèves, demande à tout le monde de se réunir. Elle nous explique : ce bâtiment va être détruit au mois de juin et une de ses amies lui a indiqué la présence de nids d’hirondelles rustiques à l’intérieur. Or il est interdit de détruire les nids d’hirondelles. Alors, que faire ?
« Pourquoi ne pas lui écrire, au maire, pour le prévenir ? » propose Timothée. C’est une excellente idée ! Malgré le froid qui engourdit les corps, les esprits restent vifs et tous sont motivés par cette proposition. L’idée serait d’écrire au maire pour lui demander de reconstruire des nids d’hirondelles dans d’autres bâtiments types granges, établis, garages.
C’est ce que l’on appelle une mesure compensatoire. Tout est dit dans le mot : il s’agit de trouver comment compenser un dommage fait à la biodiversité.
Maryannick propose une alternative encore plus ambitieuse : construire des hôtels à hirondelles ! Ce sont des sortes d’auvents situés à six mètres de hauteur qui respectent les conditions de vie des hirondelles de fenêtre. C’est décidé : jeudi, ils adresseront une lettre au maire pour lui demander d’intervenir.
Savoir qu’il est possible d’aider la biodiversité en œuvrant dans son bout de jardin est une grande source de motivation pour les élèves. Ils reviennent en classe avec en tête plusieurs missions à plus ou moins long terme : la première est d’écrire la lettre au maire et d’attendre sa réponse. Le maire décidera de la relocalisation et de la reconstruction des nids en concertation avec la LPO.
Qui sait, peut-être même que les élèves pourront participer à cette étape ? Puis ils vont cartographier la présence des nids d’hirondelles. C’est une autre idée amenée lors de la promenade : faire leur tout premier comptage et ainsi contribuer au travail des naturalistes, des scientifiques et des bénévoles de la LPO.
Nous retournons en classe pour des au revoir et avons hâte de la suite de l’aventure !

